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Tranches de vie
Albert Carola, maître taxidermiste
Taxidermie Safari

Bien dans sa peau

Même mort, chaque animal a ses détails, sa personnalité, ses expressions. Dans mes congélateurs, j’ai environ 200 têtes de cervidés qui attendent d’être montées. Mais je ne fais pas de naturalisation à la chaîne! La taxidermie, c’est un art.

Propos recueillis par Corinne Fréchette-Lessard
Photo : Nathalie St-Pierre


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 6
juin-juillet 2006

La peau d’un animal arrive ici congelée. Une fois qu’elle est dégelée, je la dégraisse et j’enlève tous les restants de viande, l’intérieur des lèvres, des narines, des oreilles, etc. Ensuite, je l’enduis de sel et je la laisse sécher avant de l’expédier à une tannerie qui en éliminera toutes les bactéries. De cette façon, la peau se conservera pendant plus de 100 ans.

Avant, on disait «empailler», mais je n’utilise plus de paille depuis longtemps! Je fais plutôt faire un mannequin sur mesure en polyuréthane (un matériau léger mais très dur) sur lequel je couds la peau tannée. Les yeux sont en verre et les cartilages pour les oreilles et les narines sont en plastique.

Dans l’atelier, ça sent le gibier, la peau, la viande, mais on s’habitue. J’ai un très bon système d’aération!

Environ 90 % des clients sont des chasseurs qui veulent un souvenir de leur expédition. Les autres sont des établissements à mission éducative comme des universités ou la Ville de Montréal, ou des propriétaires en deuil de leur animal domestique. De temps en temps, on a des commandes pour des tournages cinématographiques.

Si les clients veulent une posture spéciale pour leur trophée, ils le précisent. Mais je suggère toujours une position que l’animal prendrait dans la nature. Je ne ferais pas un raton laveur en train de s’étirer, les pieds sur une table et les mains derrière la tête!

Avec les animaux domestiques, je suis plus minutieux pour les expressions. Un chasseur a vu le gibier 10 secondes avant de l’abattre, tandis que le maître d’un chien l’a côtoyé pendant 10 ans! Pour que la bête se ressemble le plus possible, j’invite le client à m’assister le jour du montage.

Il y a de moins en moins de taxidermistes et c’est dommage. La naturalisation joue un rôle important dans la conservation de spécimens d’espèces appelées à disparaître. En 25 ans, j’ai d’ailleurs travaillé avec toutes sortes d’animaux, dont le hamster et la perruche! Les plus courants sont les caribous, les chevreuils, les orignaux et les ours noirs. J’ai aussi naturalisé quelques ours polaires, un lion, un léopard, des antilopes, un bison… J’entreprends bientôt le montage d’un kangourou. Mon premier!



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