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Tranches de vie
René Houde, encanteur

Vente au bétail

Un encan, c’est un spectacle, et je suis en quelque sorte la vedette du show.

propos recueillis par Julie Leduc
photo : Patrice Bériault


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 2 février 2006

Ma spécialité, c’est de vendre des moutons, des cochons, des vaches et de la machinerie agricole. Je m’installe habituellement sur un stand à l’arrière de l’arène de vente où défilent les bêtes. Micro à la main, je dirige la vente. Je dois entretenir le rythme comme un meneur de foule.

Le premier chiffre que je dis quand l’animal arrive dans le ring, c’est celui qui représente à mon avis le bon prix de départ. Mais des fois, je dois le baisser. Si je pense que ça vaut 1 500 $ et que personne n’embarque, je repars à 800, 900, 1 100, 1 150, 1 200, et boum, la vente est conclue!

Ce que j’aime, c’est quand ça va vite. Aux États-Unis, là où j’ai suivi un cours intensif de deux semaines en vente aux enchères, on dit que plus tu vas vite, plus les acheteurs vont miser. J’utilise des filler words, des mots de liaison, si on veut, pour augmenter le tempo. Je dis, par exemple : j’ai 700, direz-vous maintenant 800? J’ai 800, direz-vous maintenant 900? Et là, dang dang dang dang, je déboule les chiffres, pis ça roule! Je peux vendre un troupeau de 75 bêtes en deux heures et demie.

Mon rôle, c’est d’encourager les enchères, en interpellant, par exemple, les acheteurs par leur prénom. Je dois demeurer sympathique, mais sans dépasser les bornes. Par exemple, à mes débuts, quand un producteur s’apprêtait à acheter une vache à un prix vraiment très bas, je disais : «Appelez la police, on va attraper le voleur!». Mon intention était de stimuler les autres enchérisseurs. Mais j’ai banni cette blague de mon répertoire parce qu’elle blessait certaines personnes.

C’est mon père qui m’a appris les rudiments du métier. J’ai commencé à faire des encans avec lui vers l’âge de 14 ans et j’ai pris sa relève. Je dirige environ 300 encans par année partout au Québec. Je me rends même en Europe pour animer des encans agricoles en France, en Espagne, en Belgique et en Allemagne.

La qualité d'un encanteur dépend beaucoup des acheteurs. Pour moi, un encan réussi, c’est quand les bêtes arrivent dans l’arène et que les acheteurs se battent pour les avoir. Dans ce temps-là, je n’ai qu’à caller les chiffres. Avoir devant soi des habitués, des gens qui connaissent les prix et qui savent comment ça marche, c’est la clé d'un bon spectacle!



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