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Tranches de vie
François Latulippe, guide, Explorateur voyages

L’ange vagabond

Avant, je pensais que pour être guide à l’étranger, il fallait être un vieil historien barbu et avoir vécu sept vies à l’autre bout du monde!

Propos recueillis par Annick Poitras
Autoportrait : François Latulippe


Magazine Jobboom
Vol. 6 no. 6 juin 2005

Autoportrait : François Latulippe. En second plan, Hang, un voyageur montréalais guidé par François. Désert du Thar, État du Rajasthan, Inde, janvier 2005.

Mais j’ai découvert qu’on pouvait aussi être jeune, aventurier et avoir simplement envie de voyager.

J’ai été embauché comme guide il y a près d’un an et depuis, j’ai conduit des petits groupes de 5 à 12 Québécois au Tibet, au Népal et en Inde pour des voyages d’un mois. Ce sont des gens de tous les âges qui ont envie de faire du tourisme d’aventure sans partir seuls avec leur sac à dos.

L’itinéraire de base est planifié par l’agence, mais j’ai beaucoup de latitude sur ce qu’on visite, où on bouffe, quels sont les temps libres. J’aime qu’on prenne le temps de flâner dans un marché local, d’aller dans un petit village reculé ou de regarder le soleil se coucher. L’important, c’est que mes voyageurs tripent!

On se déplace à bord des autobus locaux, en train, en rickshaw (des «taxis» à pédales ou à moteur deux temps), en avion, à dos de chameau ou d’éléphant lors de safaris. On couche dans des hôtels, des huttes, des monastères, à la belle étoile dans le désert…

Mon cauchemar? Perdre des gens (mais ce n’est pas arrivé!), comme dans cet immense bazar, Chandni Chowk, à New Delhi. J’avais heureusement fixé un point de rendez-vous à la mosquée du quartier, au cas où.

L’important, c’est que je sois à l’écoute de mes voyageurs et qu’ils se sentent en sécurité. Ma hantise est d’ailleurs que l’un d’eux doive être hospitalisé. Jusqu’ici, je n’ai jamais eu à traiter avec quelqu’un qui ne se sent pas bien physiquement, sauf en altitude, car le corps doit s’habituer tranquillement.

Pendant la journée, je confirme par téléphone mes réservations du lendemain pour le coucher ou les repas. Tôt le matin ou le soir, je révise le contenu culturel que je dois transmettre à propos des lieux que l’on visite. Ça fait pas mal de trucs à apprendre!

Il faut toujours que j’aie un plan B ou C, parce qu’il y a des imprévus : une manifestation, une route barrée, un temple fermé… Il faut souvent que je me revire sur un dix cennes.

J’ai fêté mes 26 ans au pied de l’Everest, au camp de base de Rongbuk, à 5 200 mètres. Ça m’a fait voir un nouvel horizon, c’est le cas de le dire!

Je m’en vais maintenant en Chine. Je dois d’abord apprivoiser le pays et l’itinéraire et apprendre un peu le mandarin pour mieux me débrouiller sur le terrain. J’accueillerai mon premier groupe probablement cet été.

Être guide, c’est beaucoup de responsabilités. Il faut «opérer». On doit constamment apprendre, s’adapter, avoir l’esprit ouvert. C’est exigeant, étourdissant, mais tellement énergisant que je me sens comme drogué… Et le buzz est bon!



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