J’étais destiné à consacrer ma vie aux odeurs…
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J’étais destiné à consacrer ma vie aux odeurs… Mon père était chef cuisinier. Dans ma famille, nous nous amusions à deviner, au «pif», ce qui mijotait pour souper. Dès l’âge de quatre ou cinq ans, j’étais donc capable de «sentir» que l’on mangerait des haricots en entrée, du poulet au plat principal et un baba au rhum au dessert!
Aujourd’hui, mon nez est au centre de mon travail. Je visite des entreprises qui ont une problématique avec l’odeur : un site d’enfouissement des déchets, une usine pétrochimique, etc. Même une chocolaterie peut dégager des senteurs de soufre désagréables. J’ai visité plus de 1 000 sites jusqu’ici.
En gros, mon équipe et moi quantifions les concentrations de molécules odorantes dans l’air afin de trouver un moyen de faire disparaître les relents gênants. Je m’occupe aussi des bonnes odeurs. C’est le cas notamment avec les parfumeurs, qui veulent assurer la qualité de leur parfum.
Dans une même journée, je peux connaître le pire comme le meilleur. La puanteur la plus insoutenable que j’aie eu à renifler, c’était chez un équarrisseur (une entreprise qui récupère les carcasses d’animaux). Il y avait là plusieurs milliers de bêtes dans un état de putréfaction avancée : des vaches, des chevaux, des porcs. C’était horrible.
Puisqu’il y a très peu de compagnies dans le monde qui font la même chose que nous, je travaille aussi à l’étranger. Je reviens d’ailleurs d’Europe où j’ai visité notamment une entreprise qui torréfie environ 18 000 tonnes de café par jour. Ça sent le café à plusieurs dizaines de kilomètres aux alentours! Cet effluve peut devenir un problème pour les riverains qui le subissent chaque jour.
Il y a une dimension complètement objective qui entre en ligne de compte dans ces analyses. Qu’est-ce qu’une bonne odeur? Dans les pays nordiques, un fumet de poisson sera considéré comme très agréable. Mais à Montréal, un poissonnier qui partage un peu trop d’émanations avec le voisinage risque d’avoir un gros problème!
Plus de 1 000 gènes dans l’ADN se rapportent au sens olfactif, comparativement à un seul gène pour le goût. Cela donne une idée de la complexité de mon métier!