J’ai appris à tatouer il y a une dizaine d’années.
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Le mieux, c’est de le faire sur la peau de porc parce que sa texture ressemble beaucoup à celle de la peau humaine. Mais je trouvais ça trop dégueulasse! Alors je me suis d’abord exercée sur des pelures d’orange.
Je travaille dans un loft d’artistes à Montréal que je partage avec des sérigraphistes et des musiciens. Contrairement aux studios de tatouage traditionnels, je ne fais pas de «walk in», c’est-à-dire qu’une personne ne peut pas entrer sur un coup de tête, choisir un modèle et se le faire tatouer sur-le-champ parce que tous mes tatous sont des créations uniques élaborées sur mesure pour chaque client.
J’ai rarement carte blanche. La plupart des gens arrivent avec une idée de base, comme un animal ou une forme graphique. Je les questionne pour bien saisir ce qu’ils veulent. Je prends aussi les mesures de la partie du corps qui sera tatouée. Ensuite, c’est la conception : pour chaque nouvelle pièce, je mets entre deux et dix heures de dessin préparatoire. Une fois le dessin approuvé par le client, j’en fais un stencil qui sera appliqué sur la peau et retravaillé à main levée.
Les premières fois que j’ai tatoué, j’étais si stressée que j’en avais la nausée et je vomissais! Aujourd’hui, c’est plutôt la conception qui m’angoisse. J’ai peur de ne pas réussir à coucher sur papier l’idée que j’ai dans la tête!
Une séance de tatouage dure rarement au-delà de quatre heures. Pour le client, c’est difficile d’endurer la douleur plus longtemps. Et pour moi, tatouer demande beaucoup de concentration en plus d’être exigeant physiquement. D’une main, je force pour étirer la peau et de l’autre, je tiens la machine à tatouer et j’en absorbe toutes les vibrations. Si la réalisation d’une pièce requiert plus d’une séance, j’attends de deux à trois semaines avant de poursuivre le travail, afin de donner à la peau le temps de se cicatriser.
Je n’ai jamais tatoué un visage, mais je ne refuserais pas nécessairement de le faire. Par contre, j’évite les dessins vulgaires ou négatifs comme les diables parce que je n’aime pas du tout leur symbolique.
La plupart de mes clients me sont fidèles. L’un d’eux est même devenu un véritable collectionneur de mes œuvres : je lui ai tatoué un bras, une cuisse, un pied et le dos. Il m’a d’ailleurs avoué qu’il aurait l’impression de «me tromper» s’il voyait un autre tatoueur!
J’entretiens de belles relations avec mes clients. Ils doivent se sentir en sécurité pour me confier leur corps. Parfois, ça se traduit par une absence totale d’inhibition. Installés sur ma chaise, ils parlent comme chez le psy!