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Tranches de vie
Daniel Pelletier, horloger, Pelletier horloger & Cie

Le bonhomme sept heures

Je pratique l’horlogerie traditionnelle depuis plus de 20 ans.

Propos recueillis par Corinne Fréchette-Lessard
photo : Marie-Claude Hamel


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 10
novembre-décembre 2006

La Tour de l’Horloge, dans le Vieux-Montréal, est un peu austère avec ses murs en ciment, mais je trouve l’endroit très serein. À l’intérieur, c’est silencieux, à part le tic tac apaisant de l’horloge. Son mécanisme, qui date des années 1920, est environ 50 fois plus gros que celui d’une horloge de parquet traditionnelle! Je l’entretiens depuis 10 ans.

La Tour compte 192 marches et le mécanisme de l’horloge et ses cadrans sont situés à peu près à la 160e. À cette hauteur, la vue est superbe : le pont Jacques-Cartier, les bateaux sur le fleuve, le Vieux-Montréal, le canal Lachine… Pour accéder à certaines composantes du mécanisme, je dois grimper au-dessus et marcher sur des poutres. J’ai un peu le vertige! Je m’attache pour éviter de chuter.

L’été, la Tour est ouverte aux visiteurs. Des petits malins s’amusent à immobiliser le pendule et je dois le remettre en marche une demi-douzaine de fois pendant la saison! La chaleur aussi affecte le fonctionnement de l’horloge. Cette année, entre le début de l’été et le mois de septembre, elle a pris sept minutes de retard.

Au printemps et à l’automne, je dois effectuer le changement d’heure. Je devrais en principe venir le faire à deux heures du matin, mais je viens plutôt très tôt le matin : peu de gens voient la différence.

Avec le temps, la poussière et la graisse s’accumulent, alors, tous les cinq ans, je dois démonter et nettoyer l’horloge en entier. Je travaille sur place parce que les 70 pièces qui composent son mécanisme sont trop lourdes pour être ramenées à mon atelier – certaines pèsent près de 70 kilos! Pendant ce grand nettoyage, qui dure deux semaines, je place les aiguilles à midi pile pour que ça n’ait pas trop l’air fou de l’extérieur!

Je pratique l’horlogerie traditionnelle depuis plus de 20 ans. Au Québec, peu d’horlogers font l’entretien d’horloges d’édifice. Je m’occupe aussi des horloges des hôtels de ville de Montréal et de Westmount. Elles sont toutes différentes.

L’horlogerie existe depuis au-delà de 700 ans. J’aime pratiquer un métier ancien et poser des gestes que d’autres ont posés il y a des centaines d’années. Si la Tour de l’Horloge est négligée, elle cessera un jour de fonctionner. Je participe donc à ma façon à la protection de ce patrimoine.



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