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Tranches de vie

Métier : aventurier

L’aventure, c’est l’aventure! Mais pour une poignée d’allumés, c’est aussi un métier. Ils ont troqué le bureau contre la planète, et la cravate contre le gilet pare-balles, le parka ou la combinaison spatiale. Ils bouffent de l’adrénaline à l’heure du lunch. Ils carburent à l’extraordinaire. Et ils adorent leur job de fou! Rencontre inédite avec cinq aventuriers de notre temps : Steve Maclean, Katia Jarjoura, Jean Lemire, Nicolas Vanier et Louise Arbour.

Recherche et rédaction : Corinne Fréchette-Lessard
Coordination : Éric Grenier


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 2 Février 2007

Photo : NASA

Steve MacLean a fait ce que seulement une poignée d’hommes et de femmes ont accompli dans l’histoire de l’humanité : il est sorti dans l’espace.

Le 13 septembre dernier, cet astronaute ontarien, marié à une Québécoise, a enfilé sa combinaison spatiale (une minutieuse opération qui dure plus de quatre heures), a ouvert le sas de la navette Atlantis et a plongé dans le vide. Pendant un peu plus de sept heures, l’astronaute a flotté dans le cosmos, une visière comme seule barrière entre lui et l’univers.

«La vue est à couper le souffle», rapporte-t-il lors d’une rencontre à l’Agence spatiale canadienne. «Les étoiles sont multicolores et la Terre domine complètement la vue. J’avais l’impression d’être seul avec elle.»

Cette balade était l’aboutissement d’un vieux rêve né dans la tête d’un garçon qui, dans les années 1960, découpait des articles sur les héros des missions Apollo entre deux parties de hockey de ruelle. Même si, à l’époque, l’idée de devenir astronaute semblait incongrue. «À mes yeux, l’espace, c’était pour les Américains!»

«La vue est à couper le souffle. Les étoiles sont multicolores et la Terre domine complètement la vue. J’avais l’impression d’être seul avec elle.»
— Steve Maclean

Le cosmos est revenu le hanter beaucoup plus tard, au détour d’une brillante carrière scientifique en tant que physicien de laser. En 1983, il était l’un des six premiers élus que le Canada propulserait dans l’espace au cours des années à venir. Depuis, il a passé 23 jours dans l’espace à l’occasion de deux vols.

Sous les bombes

Dans l’imaginaire collectif de nos contemporains, l’espace, c’est l’aventure ultime. Pour Colomb, c’était la Terra Incognita, pour Amundsen, le passage du Nord-Ouest. Pour Katia Jarjoura, c’est l’Irak, la bande de Gaza, l’Afghanistan, le Liban de l’été dernier… «Depuis six ans, ma vie, c’est ça : la guerre, les bombes qui tombent à côté de chez moi», raconte-t-elle au cours d’un entretien téléphonique depuis son appartement à Beyrouth.

Originaire de Sherbrooke, née d’un père libanais et d’une mère québécoise, cette journaliste et documentariste a su très jeune que sa vie serait mouvementée. «Au primaire, quand il fallait s’imaginer plus tard, le mot “voyage” venait toujours en premier.»

Photos: François de Saint-Martin Beyrie, Ghaith Abdul-Ahad et un soldat canadien anonyme

Après des études avortées en médecine, un séjour en Inde, une traversée des États-Unis sur le pouce et un baccalauréat en journalisme à l’Université Concordia, la jeune femme débarque au Moyen-Orient en 2000, à l’âge de 25 ans. Depuis, l’œil planqué derrière sa caméra vidéo, elle parcourt cette région du monde déchirée par les conflits sanglants et travaille à la pige pour des médias occidentaux, dont Radio-Canada.

«À la fin de la journée, ce qui me reste, ce ne sont pas l’adrénaline et le souvenir des bombardements, mais ma discussion avec l’épicier du coin, sur tout et rien.»
— Katia Jarjoura

Rien à faire des politiciens et des discours officiels. Son trip, c’est de rencontrer les peuples à qui elle consacre ses documentaires et reportages. La résilience des gens qui ont tout perdu sous les bombardements la fascine. «Malgré tout ce qu’ils ont vécu, les Libanais forment un des peuples les plus accueillants, les plus chaleureux et les plus drôles du Moyen-Orient, explique-t-elle. À la fin de la journée, ce qui me reste, ce ne sont pas l’adrénaline et le souvenir des bombardements, mais ma discussion avec l’épicier du coin, sur tout et rien.»

Son aventure, c’est aussi l’absence complète de routine et l’instabilité chronique dans laquelle elle vit depuis qu’elle s’est installée à Beyrouth, en 2001. «La vie ici est aussi bordélique que le pays.»



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