![]() Photo : CP/AP (Emilio Morenatti) |
Le bordel, Louise Arbour connaît. Elle l’a croisé dans les mille collines autour de Kigali et dans les charniers de Srebrenica, alors qu’à titre de procureure en chef des tribunaux pénaux internationaux, elle enquêtait sur les crimes de guerre en ex-Yougoslavie et le génocide au Rwanda, de 1996 à 1999.
Depuis 2004, elle occupe le poste de haut commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, après avoir été notamment juge à la Cour d’appel de l’Ontario, procureure et juge à la Cour suprême du Canada. «Quand j’ai commencé ma carrière d’avocate, jamais je n’aurais pensé que je mènerais cette vie», affirme-t-elle au cours d’un entretien téléphonique depuis les bureaux des Nations unies, à New York. «Je n’ai jamais fait de plan de carrière et je me suis retrouvée à travailler à l’international par pur hasard.»
Louise Arbour a pour mission de promouvoir le respect des droits de l’homme dans le monde et se rend donc régulièrement dans des zones de crises humanitaires ou militaires. Le Darfour et la bande de Gaza, où une roquette est tombée à moins de 200 mètres de son convoi, figuraient récemment sur son itinéraire. «Je vois beaucoup de pauvreté, de gens très démunis, humiliés par leur manque de pouvoir et de contrôle sur leur vie. Prendre la main de quelqu’un qui vit une grande détresse, c’est très émouvant», confie-t-elle.
Mais ce n’est pas le goût de l’aventure qui la pousse aux quatre coins de la planète. C’est la nécessité du respect des droits de la personne. «J’y vais pour passer un message.»
Son boulot s’apparente à celui d’un correspondant de guerre : elle passe la moitié de l’année en mission, loin de son bureau de Genève. Son quotidien n’est pas de tout repos. «J’ai parfois une décharge d’adrénaline au cours d’une réunion politique dont les enjeux sont importants. Argumenter pour tenter de faire avancer les choses peut être aussi intense que de descendre d’un hélicoptère dans une zone de conflits.» Pas surprenant quand les cibles de ses arguments sont George W. Bush, Ehoud Olmert, le Hezbollah…
![]() Photo : ©Thierry Malty |
Pour d’autres, l’aventure, c’est la nature. C’est le cas de l’explorateur français Nicolas Vanier, un amoureux fou des régions nordiques. Comme Louise Arbour, il hésite à s’approprier l’étiquette d’aventurier. «Je préfère “grand voyageur”», lance-t-il au cours d’une entrevue téléphonique depuis sa ferme, en Sologne, en France. «“Aventurier” sous-entend prendre des risques, ce qui n’est pas du tout ma motivation. Je suis avant tout un amoureux de la nature, des grands espaces sauvages et des peuples qui y vivent.»
N’empêche, Nicolas Vanier a accompli l’extraordinaire : il a passé les 20 dernières années à arpenter les contrées nordiques en traîneau à chiens. Sa première expédition hivernale au Labrador, alors qu’il avait 23 ans, a confirmé ce qu’il ressentait depuis toujours : une véritable fascination pour ce qu’il appelle les «pays d’en haut». «Ce sont des territoires d’une grande pureté dans lesquels je me sens bien. Je peux y être en totale communion avec la nature.»
Ce meneur de chiens – qu’on appelle musher – a cumulé plus d’une douzaine d’expéditions au Yukon, en Sibérie, au Labrador et en Alaska. En 1999, il a effectué l’Odyssée blanche, une traversée de 8 600 kilomètres dans le Grand Nord canadien, de l’Alaska au Québec. De ses périples, il a tiré de nombreux romans, récits de voyage et films, dont Le dernier trappeur, sorti en 2005.
Nicolas Vanier a généralement mené ses équipées seul avec ses chiens, contre lesquels il se blottit quand il dort à la belle étoile dans le froid polaire. «Ce ne sont pas du tout des conditions hostiles. Le froid se vit très bien, pourvu qu’on soit bien habillé et bien préparé.» Quand même, -55 °C, sans compter le facteur vent à la pointe nord du lac Baïkal, en Sibérie… c’est frette!
En mars 2006, il a bouclé l’Odyssée sibérienne, sa dernière grande expédition : 4 mois, 8 000 kilomètres de taïga et un chien en moins! Son plus jeune coureur est mort après qu’un jeu de la meute eut tourné en bagarre funeste. «Ç’a été un moment difficile. Je me suis demandé à quoi rimait cette expédition»,avoue-t-il. Obstiné, Vanier a poursuivi son raid et un autre chien a été appelé en renfort, directement de son camp d’entraînement au Lac-Saint-Jean. Les pieds sur terre et dans la civilisation, il souhaite désormais se consacrer à des activités de sensibilisation aux problèmes environnementaux.