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Tranches de vie
Métier : Aventurier

L’état du monde

Observateurs privilégiés, ils constatent les sévices que l’homme inflige à ses semblables et à sa planète. L’aventure, un trip de lucidité?

Par Corinne Fréchette-Lessard


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 2 Février 2007

Katia Jarjoura

Journaliste et documentariste
«Au Moyen-Orient, on sent un désespoir incroyable. La culture de mort prend tranquillement le dessus sur celle de la vie. Chaque fois qu’une lueur d’espoir s’allume – comme lors de la Révolution du cèdre en 2005, où un million de Libanais ont manifesté contre la présence syrienne sur le territoire –, elle est aussitôt éteinte. Même chose avec l’invasion américaine en Irak, qui tourne en guerre civile. La région n’a pas le droit au rêve, et cette désillusion est un terreau fertile pour la violence, le fondamentalisme et l’extrémisme.

«Le contexte n’est pas porteur d’espoir. On dit parfois qu’il faut tout détruire avant de reconstruire. Faudra-t-il, comme a dit Céline, aller jusqu’au bout de la nuit pour enfin apercevoir le jour? Je ne suis pas assez visionnaire pour répondre. Mais à mon avis, le Moyen-Orient est condamné pour les 10 ou 15 prochaines années, au moins.»

Nicolas Vanier

Explorateur
«Les effets du dérèglement climatique se font beaucoup sentir dans les espaces nordiques, et c’est très inquiétant. Des hausses de température spectaculaires entraînent le dégel du pergélisol. Dans certaines zones, le sol se transforme en marécage, ce qui entraîne l’affaissement des villages, des forêts et la disparition de la faune et de la flore. Cette situation force des habitants à quitter leur maison et fait d’eux de véritables réfugiés environnementaux. Les “pays d’en haut” sont les premiers touchés, mais ils annoncent ce qui arrivera prochainement plus au sud. Pour cette raison, j’ai décidé de passer moins de temps en voyage et d’en consacrer plus à l’éducation aux questions environnementales, surtout auprès des jeunes.»

Louise Arbour

Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme
«Malgré la prolifération de conflits internes dans les pays et les profonds fossés entre les cultures, je suis pleine d’espoir. Il y a eu beaucoup de progrès en matière de responsabilisation des dirigeants avec la Cour pénale internationale. La communauté internationale commence à mettre un peu d’ordre dans ses affaires, et c’est encourageant. Tout comme la mobilisation de la société civile, des ONG et des jeunes. Les pessimistes sont ceux qui souhaitent atteindre un certain seuil de perfection et y rester. Mais la vie politique et la vie internationale sont comme la vie quotidienne : on ne peut pas nettoyer sa maison un jour et penser qu’on n’aura plus jamais besoin de faire le ménage! C’est toujours un peu à recommencer, et c’est ce que mon équipe fait.»

Jean Lemire

Cinéaste et biologiste
«La constatation la plus inquiétante que j’ai faite en Antarctique, c’est l’absence de banquise pendant une partie de l’hiver. C’est l’équivalent d’un chaudron sans couvercle : ça permet l’évaporation de l’eau de mer, donc la création de nuages, ce qui augmente les précipitations. Toute l’écologie de la planète en est affectée, c’est catastrophique! Aussi, la température de l’eau dans cette région a augmenté d’un degré au cours des 25 dernières années, ce qui entraîne une hausse du niveau de la mer. Plus un liquide est chaud, plus il prend du volume.

«Le Canada doit absolument retrouver ses lettres de noblesse en matière d’environnement sur la scène internationale. D’autant plus que le pays est propriétaire de l’Arctique, un des endroits les plus menacés de la planète. À l’heure actuelle, on est une vraie honte, une farce! Mais je suis quand même optimiste : 750 000 personnes ont suivi la Mission Antarctique dans Internet, c’est énorme! Le public est inquiet et prêt à modifier ses habitudes. Les gouvernements n’auront pas le choix de suivre.»

Steve MacLean

Astronaute
«De l’espace, on prend conscience de la fragilité de la Terre et tout est remis en perspective : les problèmes politiques et religieux, les conflits, etc. Lors de mon second vol, en 2006, j’ai constaté que le désert avait gagné du terrain en Afrique par rapport à mon premier voyage en 1992. La forêt amazonienne, elle, était plus petite : j’ai pu voir la coupe à blanc en Colombie à partir de la navette! Il faut être prudent avec notre planète.

«J’ai quand même beaucoup d’espoir, notamment parce qu’avec le développement du tourisme spatial, un nombre grandissant de personnes auront l’occasion de voir la Terre de cette façon. Si on envoyait tous les enfants dans le cosmos, le sort de la planète changerait. Je sais que c’est naïf, mais ça vaut la peine de rêver…»



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