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Tranches de vie
Métier : aventurier

Danger

Tirs de roquettes, balles perdues, chute dans les eaux glacées, Houston, we have a problem… La vie d’aventurier est plus risquée que celle d’un préposé à l’entrée de données!

par Corinne Fréchette-Lessard


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 2 Février 2007

«Les loups, les ours, le froid, c’est de la rigolade!» lance l’explorateur Nicolas Vanier, abonné des périples en traîneau à chiens en contrées nordiques.

Sur la question du danger, ces aventuriers se la jouent modeste. N’empêche, une roquette est tombée à 200 mètres du convoi de Louise Arbour lors d’une visite en Israël l’automne dernier. Sans compter que son prédécesseur au Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, Sergio Vieira de Mello, et 23 de ses collègues, ont péri dans un attentat à Bagdad en 2003, l’attaque la plus meurtrière de l’histoire des Nations unies.

«Le danger est une abstraction. J’y pense, mais pas dans la vie quotidienne, observe-t-elle. Je ne suis pas plus brave qu’une autre. Si je n’ai jamais peur, c’est que j’ai pleinement confiance dans les services de sécurité!»

Oubliez le stéréotype d’Indiana Jones, le héros qui n’a pas froid aux yeux. L’aventurier moderne calcule les risques. Ainsi, l’équipage de la Mission Antarctique a tôt fait de régler certaines questions délicates. «On s’est mis d’accord dès le début sur la marche à suivre en cas de mort : on vidait un congélateur et on ramenait le corps», raconte Jean Lemire. Le dossier était clos. «On a mis la peur de côté assez vite, sinon cela aurait été invivable. On avait pris le pari d’hiverner dans une région trop éloignée pour tout sauvetage, il fallait vivre avec ça.»

Sang-froid

Reste que l’imprévisible est… imprévisible. C’est pourquoi Nicolas Vanier a embrassé la mort à quelques reprises quand la glace a cédé sous le poids de son traîneau. «Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur. Tout ce que je pensais, c’était de sortir, et vite! Les seules issues sont la vie ou la mort.»

Chaque fois, avec son traîneau et ses 10 chiens, il a réussi à se hisser hors de l’eau, à faire un feu et à éviter le pire. Tous n’ont pas cette chance. «J’ai perdu des amis comme ça. C’est le risque dans le Nord. Quand je fais des cauchemars, c’est le bruit de la glace qui craque que j’entends.»

De son côté, l’astronaute Steve MacLean juge que la sécurité des navettes s’est beaucoup améliorée depuis l’explosion de Columbia, en 2003, qui a tué sept astronautes, lors de sa rentrée dans l’atmosphère. Lors de sa sortie extravéhiculaire en 2006, le fait qu’il risquait le contact avec une micrométéorite qui, en perçant un trou de la grosseur d’une pièce de 10 sous dans sa combinaison, l’aurait condamné à suffoquer, ne l’a pas angoissé outre mesure. Le report d’une journée de son retour sur Terre, pour cause de débris se détachant de la navette, non plus!

Le décollage, toutefois, n’est pas de la tarte. «Il y a beaucoup de choses à faire et à surveiller pendant le lancement; ça laisse peu de temps pour être nerveux. Mais c’est sûr que je l’étais un peu. Si tu n’es pas nerveux assis sur 7,3 millions de livres de poussée, something’s wrong with you!»

La peur est ailleurs

Outre les accidents et la mort, des appréhensions habitent les aventuriers. «J’ai peur de manquer mon coup, confie Louise Arbour. Je m’inquiète de savoir si mes interventions font plus de mal que de bien, si je serai en mesure de faire une différence auprès des gens.»

Blessée à deux reprises par des balles perdues, Katia Jarjoura craint plutôt de devenir une tête brûlée, fonctionnelle que dans l’urgence. «Je viens de passer une soirée avec des combattants du Hezbollah. Ils avaient leurs Kalachnikov au cou et s’échangeaient des armes… À force de vivre des situations intenses, un déséquilibre se crée et un grand vide s’installe en l’absence d’adrénaline.»

L’été dernier, pendant le conflit entre Israël et le Liban, ses collaborations à plusieurs médias l’ont menée au cœur de l’action. Elle a évacué des réfugiés, voyagé sous les bombes, subi un accident de voiture et, à travers tout ça, a vécu une histoire d’amour…

«La mort, la vue de cadavres ne me perturbent pas. Ce qui me hante, c’est le vide qui suit la guerre qui, malheureusement, a quelque chose de spontané et de captivant. Le danger, c’est d’en venir à s’emmerder dans la normalité.»

Elle considère sa première blessure par balle, en 2000, comme son «baptême du feu». La seconde, un an plus tard, a percé sa carapace. «Je suis venue au Moyen-Orient parce que j’avais envie de vivre la guerre. Mais ce jour-là, j’ai eu peur de mourir.»



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