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Tranches de vie
Métier : aventurier

Parents éloignés

S’il est ardu de concilier vie familiale et job de bureau, imaginez quand papa, maman ou amour sillonne (ou survole) la planète! L’aventure rime-t-elle avec progéniture?

par Corinne Fréchette-Lessard


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 2 Février 2007

Pas facile d’être à la fois aventurier, parent ou simplement amant, c’est selon! L’appel de l’étranger entraîne sacrifices et déchirements.

Louise Arbour en sait quelque chose. Professeure de droit à l’Université York de Toronto et par la suite juge à la Cour suprême et à la Cour d’appel de l’Ontario, elle a d’abord mené une carrière qui lui permettait d’être présente auprès de ses trois enfants. Puis, en 1996, la donne change du tout au tout. Sa nomination comme procureure des tribunaux pénaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda l’oblige à déménager à La Haye, aux Pays-Bas.

Du coup, concilier famille et boulot est devenu drôlement complexe, raconte la juriste. «Mes deux plus vieux sont restés au Canada pour aller à l’université, même si je les trouvais jeunes pour que nous soyons aussi éloignés, et ma dernière, âgée de 13 ans, est venue avec moi. Non seulement je l’ai transplantée, mais une fois à La Haye, je l’ai pratiquement abandonnée parce que j’étais toujours en mission. Ç’a été très difficile.»

Plaisir partagé

Par contre, la vie atypique d’un parent aventurier comporte ses avantages. Deux fois papa, Nicolas Vanier estime que ses longues absences ont été compensées par les expériences exceptionnelles qu’il a vécues avec sa famille. En 1994, il a emmené sa femme et sa fille d’un an et demi dans un périple d’un an dans les Rocheuses et au Yukon, en traîneau à chiens! «C’était important que ceux que j’aime goûtent à ma passion. J’ai vécu 24 heures sur 24 avec ma petite fille pendant un an. C’est quand même extraordinaire! Dans la vie de tous les jours, les gens voient leurs enfants une demi-heure le matin et les plantent devant la télé le soir.»

Pour l’astronaute Steve MacLean, lancer sa famille en orbite n’a évidemment jamais été une option. C’est d’ailleurs là son plus grand regret. «J’ai vu des choses spectaculaires dans l’espace qu’il est impossible de mettre en mots. Ma famille a fait beaucoup de sacrifices pour ma carrière et c’est triste de ne pas pouvoir partager le meilleur avec ceux que j’aime.»

Malgré cela, sa famille a vécu ses vols de près. «Mes enfants ont grandi entourés d’astronautes. Nous avons partagé toutes les émotions de l’expérience.» Ses trois adolescents et sa femme, qui ont dû habiter à Houston, au Texas, à deux reprises, ont d’ailleurs fait l’essai du simulateur de décollage, histoire d’expérimenter les huit minutes cruciales du lancement d’une navette spatiale. 10, 9, 8…

En avoir ou pas?

L’heure est à la réflexion pour Katia Jarjoura et Jean Lemire, tous les deux sans enfants et sans attaches. Ce dernier est toujours parti sans laisser de relation en plan – trop difficile de se savoir attendu pendant ses tribulations en mer. Mais aujourd’hui, il nage en plein questionnement. «J’ai 44 ans, je suis à l’heure des choix. Je me case? Je fonde une famille?» S’il répond par l’affirmative, il devra changer son . «Je pourrais peut-être continuer de partir en mission, mais pas avec la même implication. Car quand je m’embarque dans un projet, je me donne à 100 %. La personne avec qui je partagerais ma vie devrait faire preuve de beaucoup de compréhension.»

Même son de cloche chez Katia Jarjoura, qui a récemment franchi le cap de la trentaine. «Je ne sais pas si je veux une famille, confie-t-elle, mais j’aimerais avoir quelqu’un dans ma vie. Je n’ai pas envie de me retrouver seule chez moi à 40 ans.» Un désir qui nécessitera de ralentir la cadence. «Si je veux rencontrer quelqu’un et mener une vie un peu plus stable, il faudra mettre le holà à la guerre!»



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