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Tranches de vie
Métier : aventurier

La vie après la vie

Difficile de les imaginer sur les verts de golf ou à quatre pattes dans un potager. Pourtant, tôt ou tard, même les intrépides doivent s’arrêter. Y a-t-il une retraite après l’aventure?

par Corinne Fréchette-Lessard


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 2 Février 2007

La trentaine à peine entamée, Katia Jarjoura songe déjà à accrocher sa caméra. C’est que sa vie de journaliste et de documentariste postée à Beyrouth n’est pas de tout repos. «Je suis débarquée au Moyen-Orient à 25 ans et j’ai bouffé de l’aventure pendant 5 ans. Je suis allée en Iran, en Irak, en Afghanistan, en Palestine, et j’ai été blessée par balle deux fois. Le sac toujours au dos, je n’ai jamais pris le temps de digérer ce qui m’arrivait.»

Aujourd’hui, les événements la rattrapent. À commencer par le difficile tournage en Irak, en 2004, de L’appel de Kerbala, son documentaire sur le plus important pèlerinage annuel des chiites. «J’ai joué de malchance : mon caméraman m’a abandonnée la veille du tournage, je suis tombée malade et je vivais une peine d’amour. Mais comme j’avais beaucoup investi dans le projet, je suis allée jusqu’au bout.»

Depuis, elle ressent fatigue et fragilité auxquelles la réalisation, en 2005, de Terminator, la dernière bataille, son quatrième documentaire en trois ans, n’a fait qu’ajouter. Sans parler de ses collaborations à une flopée de médias occidentaux pendant le conflit Israël-Liban à l’été 2006.

Résultat : sans quitter le Liban et rompre complètement avec sa vie actuelle, Katia Jarjoura prépare un virage vers la fiction. «Je n’arrive pas à m’imaginer à Montréal, j’aurais du mal à vivre dans cette tranquillité. Mais je voudrais écrire des scénarios de films. Inventer des histoires au lieu de les vivre et de risquer ma vie en me précipitant en Irak quand ça pète!»

Second souffle

Pour mettre un terme à leur trépidante carrière, les aventuriers adoptent une méthode douce : le sevrage progressif. Poursuivre autrement, plutôt qu’arrêter abruptement, semble être leur devise. Ils évitent ainsi le choc de passer de l’intensité au spleen.

Steve MacLean a déjà amorcé le changement. À 52 ans, l’astronaute sait que voler en navette, c’est terminé. Cette partie de sa vie est dans le rétroviseur. Il projette de continuer à travailler pour l’Agence spatiale canadienne. «L’exploration spatiale vit une époque critique avec des projets pour la Lune et Mars. Le Canada doit jouer son rôle.»

Idem pour Nicolas Vanier qui, en arrivant sur la place Rouge de Moscou le 19 mars 2006, bouclait à la fois son Odyssée sibérienne de 8 000 kilomètres et le chapitre de sa vie vouée aux grandes expéditions. L’explorateur français se consacre désormais à la sensibilisation aux questions environnementales, pour redonner un peu à cette nature qui l’a si longtemps comblé. Les grandes traversées vont-elles lui manquer? «Pas du tout. J’ai assez raconté mes histoires!»

Jean Lemire et Louise Arbour n’en sont pas encore à la retraite, bien qu’elle approche pour cette dernière, qui vient d’avoir 60 ans. À la perspective de s’arrêter, ni l’un ni l’autre n’est pris de vertige. «Au contraire, j’ai hâte! lance la juriste. Même si l’intensité de mon métier est un peu addictive.» Elle entend profiter d’une denrée rare dans sa vie actuelle : le temps.

Une idée qui sourit aussi à Jean Lemire. «Le temps, c’est ce dont je manque le plus!» Quand le moment sera venu de mettre un terme à ses expéditions, il se tournera vers l’écriture et la mise en forme de ses carnets de bord. Pour l’heure, il surfe sans problème sur la perspective de troquer le gouvernail contre la plume.



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