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Tranches de vie
Nathalie Langlais,
travailleuse de rue, organisme PACT de rue

Refaire la rue

Je passe mes après-midi et mes soirées à déambuler dans le quartier Saint-Michel, dans le centre-nord de l’île de Montréal.

Propos recueillis par Corinne Fréchette-Lessard
photo : Marie-Claude Hamel


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 3 Mars 2007

Je passe mes après-midi et mes soirées à déambuler dans le quartier Saint-Michel, dans le centre-nord de l’île de Montréal. Je travaille surtout auprès d’Haïtiens de 12 à 25 ans, qui sont membres du gang de rue du quartier ou susceptibles de le devenir. Je les accompagne dans toutes sortes de démarches : recherche d’emploi, retour à l’école, demande d’aide sociale, location d’appartement… Je visite aussi des jeunes auprès de qui je suis déjà intervenue et qui sont maintenant en prison, j’en envoie d’autres vers des centres de désintoxication, j’accompagne des filles qui se font avorter… J’interviens sur une base volontaire; les jeunes font appel à moi seulement s’ils le souhaitent.

Je me rends parfois dans des endroits un peu dangereux comme une piaule à crack ou un bar clandestin, mais uniquement si c’est utile pour une intervention. Je me fie toujours à mon instinct… Si je ne me sens pas en sécurité, je pars!

Tout le monde se connaît dans le quartier et les nouveaux venus sont vite repérés. Quand j’ai commencé cet emploi il y a quatre ans, les jeunes pensaient que j’étais une policière undercover! Avant de passer à l’action, j’ai observé pendant six mois les réalités du secteur. J’ai ensuite distribué des préservatifs et les jeunes venaient me voir régulièrement. Je leur ai peu à peu expliqué que je pouvais les aider de plusieurs façons.

Je n’ai pas de bureau, mais j’ai toujours un sac à dos dans lequel je traîne des condoms, des pipes à crack, une trousse de premiers soins et des dépliants sur la toxicomanie et les ITSS (infections transmises sexuellement et par le sang). J’ai aussi un cahier dans lequel je prends des notes sur les jeunes que je rencontre.

J’évite de m’habiller en bleu, la couleur des Crips, le gang de rue présent dans ce quartier. Je suis une intervenante, pas une amie, et c’est important de garder une distance.

J’essaie de regrouper les jeunes dans des activités autres que criminelles. Par exemple, l’été, on joue aux dominos dans un parc presque tous les jours et, à Noël, je les invite à manger au restaurant.

La discrétion est primordiale. Je perdrais ma réputation et la confiance des jeunes si je répétais leurs confidences. Mon objectif, c’est de les aider, pas de les dénoncer.

Mon expérience la plus difficile a été d’accompagner à la cour une jeune fille qui a perdu la garde de son bébé. Ça m’a bouleversée. Mais je vis aussi de très beaux moments. L’été dernier, mon employeur a emmené huit jeunes sauter en parachute pour leur montrer que c’est possible de tripper sans drogue. Ils ont adoré!



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Résultats



Québec

42,8 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

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