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Tranches de vie
Pierre Lapointe,
maître de ballet principal,
Grands Ballets canadiens

Les pieds dans les bras

Mon rôle s’apparente à celui d’un coach.

Propos recueillis par Corinne Fréchette-Lessard
photo : Marie-Claude Hamel


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 4 Avril 2007

Mon rôle s’apparente à celui d’un coach. Tous les matins, je donne un cours aux danseurs de la troupe afin qu’ils maintiennent et améliorent leur technique. Ensuite, je leur fais répéter les chorégraphies en vue des spectacles.

Les Grands Ballets canadiens sont une compagnie de création et au moins deux œuvres sont conçues pour nous chaque année. Les chorégraphes invités élaborent leur nouvelle pièce dans nos studios avec nos danseurs.

Pendant le processus de création, qui peut durer jusqu’à trois mois, je travaille étroitement avec les chorégraphes pour comprendre leurs intentions derrière chacun des mouvements. Je filme les répétitions pour capter les séquences de pas et je prends des notes sur l’interprétation des mouvements. Ainsi, lorsqu’on présente de nouveau le ballet (une œuvre reste au répertoire de la compagnie pendant plusieurs années), je peux diriger les danseurs de façon que leur exécution soit fidèle à la vision originale du chorégraphe.

En 20 ans, j’ai dirigé les répétitions d’une centaine de ballets. Je suis un peu la mémoire artistique de l’entreprise.

J’assiste à toutes les performances de la troupe et le lendemain, je tente de corriger les erreurs de la veille, un mouvement de groupe pas tout à fait synchronisé par exemple. Les spectacles parfaits existent, mais ils sont rares. Les danseurs sont humains, après tout!

J’ai appris à danser très tard, à 21 ans, après avoir assisté à un ballet qui m’a jeté par terre, je ne me souviens même plus lequel! Je suis timide et la danse m’a alors semblé une excellente façon de m’exprimer. J’ai ensuite dansé professionnellement pendant une dizaine d’années avant de devenir maître de ballet principal.

Une formation en danse est nécessaire pour faire ce métier, mais je n’ai pas besoin d’exécuter les chorégraphies pour diriger la troupe. La danse possède un vocabulaire; des explications verbales suffisent. D’ailleurs, je ne porte plus de collants ni de chaussons de danse depuis longtemps : je travaille en jeans!

La troupe compte 34 danseurs, autant d’hommes que de femmes, la plupart âgés de 25 à 35 ans. Notre relation est très intime et tactile. Leurs corps me sont si familiers que je peux identifier sur une photo à qui appartient tel pied ou tel bras sans voir les visages.

En répétition, les danseurs m’émeuvent souvent aux larmes. Le travail qu’ils accomplissent est exigeant et ils sont très généreux. Ils atteignent un tel niveau d’abandon qu’ils en perdent toute pudeur. Le mouvement les envahit… ça me renverse chaque fois!



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