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Tranches de vie
Francis Coupal, tourneur de billes

Silence, on tourne

J’ai appris seul, par essais et erreurs, à devenir tourneur de billes.

Propos recueillis par Hélène Lefranc
Photo : Patrice Bériault


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 5 Mai 2007

Enfant, même si je possédais des billes, je n’y jouais pas. Elles n’étaient pas belles et ne m’attiraient pas. Mais lors d’un voyage étudiant aux États-Unis, un bol de billes antiques dans un musée m’a accroché. Personne n’en faisait ici.

J’ai donc appris seul, par essais et erreurs, à devenir tourneur de billes. J’ai commencé il y a 10 ans, après avoir appris les techniques de soufflage de verre à l’école Espace Verre, à Montréal.

La première fois que j’ai exposé au Salon des métiers d’art, je me sentais comme un extraterrestre. Depuis, j’ai découvert qu’il y avait un marché américain pour les billes contemporaines destinées aux collectionneurs. Au Canada, nous sommes seulement trois à en fabriquer.

Mon bureau, c’est mon atelier, à Mercier. J’y passe la majeure partie de mon temps. Je travaille à la fournaise, c’est-à-dire devant mon four, qui fonctionne sans interruption. Le matin, je nettoie le verre en fusion, qui est pâteux. Puis je façonne une masse de verre avec des décorations, à partir d’un noyau de verre froid et de l’ajout successif de couches chaudes, qui ont la consistance du miel. Je l’étire en une longue tige, qui est ensuite taillée en petites parties que je forme en billes, une par une. Pour lisser les billes, j’utilise un chalumeau. C’est un travail à la fois physique et mental. À la fin d’une journée, je suis vidé!

Il faut des années de pratique pour maîtriser certains gestes, comme tenir dans un certain angle les outils métalliques qui servent aux finitions. J’en rate encore!

Chaque année, je sors de nouveaux modèles et, tous les trois ans, j’adopte une technique différente, comme pour mes billes en verre à vitrail. Ce sont des pièces uniques, dont certaines prennent une journée à fabriquer.

Mes billes se vendent de 20 $ à 700 $ dans une dizaine de boutiques et galeries. Ce qui est bien, c’est qu’il y en a à tous les prix. Je les propose également dans le cadre d’une douzaine d’événements par an.

Un artisan doit être capable de penser son produit, de le fabriquer, de le mettre en marché et de faire sa comptabilité. Honnêtement, il y a des métiers plus utiles que le mien et le genre humain pourrait se passer de mes billes. Mais certains collectionneurs disent qu’elles sont essentielles à leur vie!



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