Je suis barmaid depuis quatre ans pour Montréal Sexy Boat, qui organise des croisières échangistes de quatre ou cinq heures, le soir, sur le Saint-Laurent.
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Chaque semaine, pendant l’été, environ 80 personnes y participent. Les deux premières heures sont assez tranquilles : les gens font connaissance et prennent un verre. L’atmosphère se réchauffe avec une activité organisée, non obligatoire; un concours des plus belles fesses ou de wet t-shirt, par exemple.
Aucun passager n’est forcé d’avoir des relations sexuelles pendant la croisière. C’est d’ailleurs la première règle de l’échangisme. Je place toujours des condoms gratuits sur le bar, à côté des peanuts! Difficile de dire combien sont utilisés en une soirée, mais on s’assure d’avoir une caisse pleine à bord. Ce serait trop dommage d’en manquer!
L’abus d’alcool n’est pas encouragé. Je présume que les gens veulent se souvenir de la soirée, alors je les incite à modérer leur consommation. Et puis, on ne veut pas être pris avec des gens malades sur le bateau. Pour travailler, je mets des jupes et des décolletés plongeants. Parfois, je me laisse emporter par l’atmosphère coquine et je termine la soirée avec ma blouse complètement détachée ou carrément en sous-vêtements!
La clientèle est variée. Il y a de jeunes couples très amoureux qui font une distinction claire entre amour et désir. D’autres dont la relation est plus floue, amants ou amis : on ne demande pas de certificat de mariage à l’entrée! Les clients plus âgés, dans la quarantaine ou la cinquantaine, pratiquent généralement l’échangisme depuis plusieurs années. Les passagers célibataires sont les bienvenus, mais nous essayons toujours d’avoir un nombre égal d’hommes et de femmes à bord, quitte à limiter les billets vendus aux hommes seuls, chez qui la demande est plus forte. Par discrétion, je ne prends jamais l’initiative de saluer un client dans la rue et je ne suis absolument pas vexée par ceux qui m’ignorent.
Il n’y a pas de chambres sur le bateau. Les activités sexuelles ont lieu un peu partout : sur les tables, la piste de danse, le pont. Certains s’envoient en l’air appuyés au bar et compliquent du même coup mon travail! Quand tout le monde «s’amuse», la tentation de me mettre de la partie peut devenir forte. Je suis libre de participer si j’en ai envie. Si c’est le cas, je confie le bar à un autre employé. Au rayon des pratiques sexuelles, rien ne me choque. Je travaille aussi dans le milieu BDSM (bondage et discipline, domination et soumission et sadomasochisme), alors j’en vois vraiment de toutes les couleurs!