J’ai découvert cette forme d’art alors que j’étudiais les arts plastiques à l’université.
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La marionnette réunit tous les arts : dessin, peinture, sculpture, sans oublier la couture, que j’ai apprise petite sur les genoux de ma mère. J’avais trouvé ma planète! Je suis donc allée dans une école internationale en France, spécialisée dans la conception, la fabrication et la manipulation.
Je n’avais jamais désiré faire de la scène et je pensais uniquement créer des marionnettes de différentes tailles, allant de la petite de la grosseur d’un cube de sucre à des grandes qui pèsent 30 livres et qui se manipulent avec un harnais. Elles sont taillées dans un bloc de mousse ou en résine moulée ou encore, elles sont en tissu, avec un masque pour la tête et des billes pour les yeux. Mais j’ai finalement eu envie de les manipuler aussi! Je participe maintenant à beaucoup de spectacles pour enfants et à divers événements pour adultes.
On projette dans la marionnette une énergie, une voix, des mouvements. On peut lui faire dire beaucoup de choses, même les plus gênantes, violentes, obscènes, les plus belles et touchantes aussi; aucun comédien ne peut rivaliser avec ça.
Je manipule parfois ma marionnette tout en étant visible pour le public – je suis alors habillée en noir, parfois même avec une cagoule –, mais c’est la marionnette qui est mise en avant et qui attire le regard.
Le cauchemar de tout marionnettiste est que sa marionnette se brise en plein spectacle, ce qui m’est arrivé une fois. La tête s’est décollée! Mais cela s’est passé à un moment plausible dans l’histoire, car le personnage faisait semblant de mourir! L’autre marionnettiste a ramassé la tête et on a improvisé un bout de texte. Depuis, j’ai l’habitude d’avoir une «trousse de premiers soins» dans les coulisses pour effectuer des réparations urgentes.
Je suis travailleuse autonome, notamment avec le Théâtre de l’Œil, à Montréal. Il m’arrive de partir un mois en tournée dans tout le Canada et même à Broadway. Durant une saison normale, de septembre à mai, je peux donner jusqu’à 150 représentations. La troupe, qui regroupe normalement quatre marionnettistes et deux techniciens, est comme une famille. On fait de la route, on mange et on dort dans les mêmes hôtels, on monte ensemble le décor, ce qui peut prendre jusqu’à 6 heures pour un spectacle de 50 minutes!
Au début, cette vie de saltimbanque paraît romantique. À 35 ans, après 10 ans de ce régime, avec un amoureux, ça devient dur. Physiquement, je me répare également moins vite : le métier use les genoux, le dos, les hanches, les épaules, toutes les articulations, car je travaille dans toutes sortes de positions, parfois acrobatiques et inconfortables, auxquelles je dois m’habituer. C’est pour ça qu’un spectacle exige 12 semaines de répétition!