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Tranches de vie
Guyanne Gervais, pilote de montgolfière

Gonflée!

Depuis 2002, j’ai ma propre montgolfière.

Propos recueillis par Geneviève Dubé
Photo : Patrice Bériault


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 8 sept 2007

J’ai eu la piqûre des montgolfières à 19 ans, alors que je faisais partie d’une équipe de poursuite (les bénévoles qui suivent les ballons) à l’International de montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu, de 1997 à 2002. Depuis 2002, j’ai ma propre montgolfière.

Je fais une trentaine d’envolées chaque année, dans les festivals, mais aussi de façon indépendante. En été, une envolée dure environ une heure, mais l’hiver, je peux rester dans les airs deux fois plus longtemps car le ballon consomme moins de propane au froid.

Comme il est nécessaire d’avoir le plus vaste espace disponible pour s’envoler, je donne rendez-vous à mes passagers sur un terrain d’usine ou dans une cour d’école. La veille du départ, je m’assure que la température s’annonce adéquate. Lorsque les vents sont supérieurs à 20 km/h, je ne vole pas en raison du danger; je n’ai pas de moteur pour contrôler! Il m’arrive même d’annuler une envolée sur place parce que la météo a changé subitement.

Avec ma radio d’aviation, j’avise la tour de contrôle de l’aéroport le plus proche que je suis prête à décoller. Au fur et à mesure de mon envolée, j’indique ma situation approximative, en fonction de mon altitude et de l’endroit au-dessus duquel je vole. Il faut une bonne mémoire pour piloter, car je dois me rappeler de la direction du vent à différentes altitudes, selon mes observations lors de l’ascension.

Je travaille avec une équipe de poursuite de trois personnes. Celles-ci m’aident à gonfler le ballon et rangent le matériel après l’envol. Elles me suivent aussi jusqu’à l’endroit de l’atterrissage, souvent sur un terrain privé. J’ai d’ailleurs une carte de «stationnement» indiquant où il m’est interdit d’atterrir, par exemple dans des fermes où il y a des animaux, car le bruit de la montgolfière les effraie. Je peux aussi atterrir dans des rues sans câbles électriques. Je partage ensuite une bouteille de champagne avec les passagers et le propriétaire du terrain, une tradition qui date du temps des frères Montgolfier, les inventeurs du ballon.

Mes passagers me posent toutes sortes de questions sur la montgolfière, mais aussi sur ce qu’on peut observer du haut des airs (les édifices de Montréal ou les montagnes comme les Adirondacks). Lorsque l’un d’entre eux a peur, je lui demande de me raconter une blague. Il oublie alors qu’il est dans les airs! J’ai aussi été témoin de quelques demandes en mariage. Une fois, une femme a dit non… J’étais très mal à l’aise.

Une fois au sol, je fais une «prière» de remerciement au soleil et aux vents, puis je termine avec le baptême du ballon – un rituel que je garde secret pour les non-initiés! –, avant de reconduire mes passagers au point de départ.

Ma saison favorite pour voler est l’automne; avec les couleurs dans les arbres, la vue est magnifique. Mais ce que je préfère encore, après 150 envolées, c’est de voir les grands retrouver leur regard d’enfant!



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