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Désormais, difficile pour lui de se promener dans la rue sans qu’on l’interpelle ou qu’on le montre du doigt. «Eh regarde, c’est le Fou!» Après le sympathique Dany Verveine, voilà un nouveau personnage qui collera longtemps à la peau de l’humoriste Dany Turcotte, le Fou du roi de l’incontournable Tout le monde en parle.
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De décrocheur du Cégep de Jonquière où il étudiait la radio dans les années 1980, Dany Turcotte s’est rapidement transformé en un humoriste de talent qui a longtemps brillé au sein du Groupe Sanguin et de Lévesque et Turcotte. Lui et ses partenaires se sont d’ailleurs hissés parmi les cinq meilleurs vendeurs de billets au Québec, tous spectacles confondus.
En 2004, une étoile lui tombait sur la tête : Guy A. Lepage le choisissait pour coanimer sa nouvelle émission de télévision, qui à défaut de changer le monde, a au moins changé nos beaux dimanches. Et selon le Fou du roi, elle aura au moins servi une cause : «Raël est depuis déménagé aux États-Unis!»
Q › Êtes-vous un humoriste, un animateur, un artiste, un communicateur ou un
fou du roi?
R › Un peu tout ça, mais je pense être avant tout un humoriste! J’ai fait 2 000 spectacles d’humour en 20 ans. Sur le plan financier, c’est ce qui m’a toujours fait vivre et qui continue de me faire vivre.
Q › Quel a été l’impact de Tout le monde en parle sur votre carrière d’humoriste?
R › En 20 ans de scène, je me suis produit devant environ un million de personnes : à Radio-Canada, je fais ça en une soirée! Les médias de masse ont un impact impressionnant. Mon public s’est aussi élargi : ça va des enfants aux personnes âgées, en passant par les immigrants. Il y a même une femme voilée qui m’a dit qu’elle m’aimait l’autre jour! Mais une émission grand public a ses pièges : ce n’est pas tout le monde qui aime ce que tu fais. Sur scène, c’est le contraire : ils viennent t’aimer. Le regard des autres sur moi a changé parce que la télévision est importante au Québec. Quatre millions de personnes qui regardent la télé francophone le dimanche soir, c’est presque inquiétant. Ils lisent d’autres soirs, j’imagine!
Q › La critique est-elle plus pesante qu’avant?
R › Depuis deux ans, ça me passe dix pieds par-dessus la tête! Avant, Guy et moi on lisait tous les courriels, soit de 700 à 800 par émission! Même si 80 % sont élogieux, on gaspillait beaucoup d’énergie à se sentir concernés personnellement par ceux qui ne l’étaient pas. Internet est un défouloir collectif, les gens s’en servent pour attaquer. Aujourd’hui, on n’a plus accès aux courriels; un membre de l’équipe nous fait un résumé. C’est mieux.
Q › Le Fou du roi reçoit-il des lettres de bêtises?
R › Beaucoup. C’est ce qui me permet de savoir que je dépasse la limite, des fois, comme ce fut le cas avec Anne-Marie Losique. Une phrase m’avait échappé… Elle avait embrassé quelques invités et lorsqu’elle s’est approchée de moi, j’ai dit : «Ah non, j’aurais l’impression de fouiller dans les poubelles!» C’était trop. C’est le danger de la spontanéité. Certains auditeurs étaient fâchés, d’autres non. Il y a toujours deux
camps : c’est 50-50, comme dans tous les référendums au Québec!
Q › Êtes-vous le faire-valoir de Guy A. Lepage?
R › Absolument pas. C’est un rôle de coanimation qui me va parfaitement. Mon rôle est d’ailleurs étrange. Je suis comme la guêpe fatigante qui menace de piquer pendant le souper. Tout le monde n’est pas à l’aise avec ça. Au Québec, on a de la misère avec la controverse. On aime quand personne ne se choque, contrairement aux Européens
qui s’obstinent et qui se serrent la main après. À l’émission, c’est la même chose : je taquine un invité, mais après on va manger ensemble! C’est un jeu qui se joue à deux. J’ai quand même eu quelques prises de becs sérieuses : avec Justin Trudeau, la mairesse Boucher, Marc Boilard… Quand les opinions des autres me dérangent,
je m’exprime!
Q › Qu’est-ce qui se passe dans votre tête pendant l’émission?
R › Même si je ne parle pas, je réfléchis vite! Il y a quand même quelques jokes qui arrivent un quart de seconde trop tard… Mon rôle n’est pas facile. Les invités le savent parce qu’ils sont eux-mêmes conviés à participer aux conversations. Mais certains n’osent pas se mouiller. On ne peut pas les forcer parce qu’il faut être informé pour prendre position. Tu ne peux pas mettre ton poing sur la table sans être certain de ce que tu avances parce qu’après, tu vas faire rire de toi! Cette émission est analysée par la population comme un match Canadiens-Nordiques! Il y a beaucoup de gérants d’estrades. Les invités marchent un peu sur des œufs.
Q › Quel type de farces peut mal tourner?
R › C’est dur à dire mais c’est sûr que l’écrit est différent de l’oral. Des fois,
quand l’invité lit une de mes cartes, ce n’est pas aussi comique que j’aurais pensé.
Mais j’aime quand même l’idée des cartes. Je décide à qui j’en donne, selon l’inspiration. Le plus drôle, c’est que les invités sont déçus quand ils n’en reçoivent pas. Des gens très intellectuels sont parfois comme des enfants; ils veulent avoir une carte!
Q › De quelle intervention pourriez-vous vous souvenir sur votre lit de mort?
R › La carte que j’ai osé donner à Jacques Demers, qui s’était pourtant déclaré publiquement analphabète. Je lui ai fait lire avant l’émission, pour être certain qu’il soit capable. Puis, il a accepté de la lire en ondes. Il était content. Ç’a été un beau
moment de télévision qui a touché les gens. C’est important pour moi; je ne veux pas juste être drôle, je veux aussi être touchant. Ça fait partie de moi.