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Tranches de vie
Kim Belley, préposée aux soins des chimpanzés, Fondation Fauna, à Carignan, en Montérégie

École primate

Je m’occupe des onze chimpanzés de la Fondation Fauna, le seul sanctuaire pour chimpanzés au Canada.

Propos recueillis par Geneviève Dubé
photo : Patrice Bériault


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 1 Janvier 2008

Dix proviennent du laboratoire LEMSIP de New York, où ils ont servi de cobayes en recherche biomédicale jusqu’à sa fermeture en 1997. Le dernier, Toby, vient du Zoo de Saint-Félicien.

Pour assurer ma sécurité, tous mes contacts avec eux se font à travers une grille. Le matin, je les nourris d’un smoothie aux fruits et je leur donne leurs médicaments; certains souffrent de diabète, de problèmes cardiaques ou de glande thyroïde. Je procède ensuite au nettoyage des installations intérieures où ils dorment et se nourrissent.

J’entretiens aussi le terrain de jeu qu’on a construit sur trois îles artificielles. Les chimpanzés s’y amusent, se reposent au soleil ou grignotent dans les jardins. Parfois, une femelle nommée Rachel passe sa main à travers la grille et me vole mon balai pendant que j’ai le dos tourné! Tom et Pepper, quant à eux, aiment bien jouer avec le boyau d’arrosage.

Lorsque j’ai terminé, je joue avec eux à travers la grille : je leur tire les orteils, leur gratte le dos ou leur lance la balle. Parfois, je les regarde se chamailler ensemble; ils me font rire! Un jour, Pepper a fouillé dans les poches du manteau d’un employé et a volé ses clés. Elle refusait de nous les rendre; c’était un jeu. Pour les récupérer, je lui ai apporté plein de gâteries — boissons gazeuses, sucettes, chocolat —, mais c’est quand j’ai feint un air découragé qu’elle me les a finalement rendues!

Pour développer cette complicité avec les chimpanzés, j’ai dû être patiente; l’un d’eux a mis environ huit mois avant même de me regarder! Il faut aller au rythme de chacun, ils ont tous leur caractère.

J’ai plein de merveilleux souvenirs. Lorsque ma grand-mère est décédée, j’avais décidé d’écourter ma journée de travail parce que je ne cessais pas de pleurer. Avant de partir, je suis passée dans l’abri des chimpanzés où Billy Jo se trouvait. Lorsqu’il m’a vue pleurer, son visage est devenu soudainement triste et il m’a pris la main. Il s’est ensuite collé à la grille et m’a caressé longuement le visage; il a essuyé mes larmes.

Billy Jo est décédé l’an dernier et je suis toujours émue quand je pense à lui. Les décès sont d’ailleurs ce qu’il y a de plus difficile dans mon travail. Non seulement ils bouleversent les employés et les bénévoles de la fondation, mais ils touchent aussi les chimpanzés qui ressentent l’absence d’un des leurs.

Depuis 2001, nous avons perdu Pablo, Donna Ray, Annie et Billy Jo. Je suis fière d’offrir une douce retraite à ces animaux après toute la souffrance qu’ils ont vécue. Je ne retournerais pour rien au monde à mon ancien poste de commis comptable au centre-ville!



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