Trouvez un article

Rechercher

Tranches de vie
André Chartrand, lieutenant, caserne 27, Service de sécurité incendie de Montréal

Tout feu tout flamme

Je suis pompier depuis 19 ans.

propos recueillis par Sara-Emmanuelle Duchesne
photo : Patrice Bériault


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 3 Mars 2008

Il faut être fasciné par le feu et avoir le cran de s’en approcher pour exercer ce métier. Mais il faut aussi le craindre, sinon on prend des risques inutiles.

Dans un incendie, la fumée est si épaisse que je ne vois pas ma main! Je me déplace souvent à quatre pattes pour voir sous la couche de fumée. L’eau qui me tombe dessus sous forme de vapeur brûlante donne l’effet écrasant d’un sauna. La chaleur peut être intenable.

L’avertisseur de détresse de ma bonbonne d’air sonne quand la température ambiante atteint 260 °C et, quand ça arrive, je dois quitter les lieux immédiatement. Mais on commence à avoir trop chaud même en dessous de cette température. La visière d’un de mes hommes a déjà fondu sans qu’il s’en rende compte! J’ai déjà vu des points noirs tant il faisait chaud. C’est dangereux, car l’étape suivante est le coup de chaleur, qui peut être mortel.

Pour sentir la chaleur et bien évaluer le danger, je déplace ma cagoule de façon à exposer un peu la peau de mon cou.

Le pire moment de ma carrière est survenu quand deux collègues sont devenus prisonniers d’un duplex en flammes. Leurs cris étaient atroces. Je croyais qu’on arriverait trop tard, mais on les a sauvés. Ils s’en sont tirés avec des brûlures au deuxième degré au cou et aux oreilles.

Je ne fais pas qu’affronter le feu. Je dois aussi composer avec des gens en état de choc sur un lieu sinistré, que ce soit un incendie, un accident d’auto, une fuite de gaz ou une inondation. L’alarme sonne entre une et quatre fois par jour.

Mon horaire varie : quatre quarts de jour (de 7 h à 17 h), suivis de sept jours de congé; ensuite, trois quarts de nuit (de 17 h à 7 h) et quatre jours de congé; puis six jours consécutifs pendant lesquels j’effectue 86 heures de travail. Entre deux alertes, on met à jour nos connaissances et on forme les recrues.

À la caserne, nous sommes 11 hommes par quart de travail. La camaraderie est très forte, un peu comme dans une équipe de hockey : on se serre les coudes, on se taquine, on rit beaucoup. On cuisine aussi tous nos repas et on fait le ménage de nos quartiers comme à la maison. Mais quand l’alarme retentit, on laisse tout en plan. Le poteau, on l’utilise pour vrai : c’est pour éviter de se fouler le pied dans l’escalier!

Mon équipement pèse environ 27 kilos, sans compter la hache et les tuyaux. Dans une intervention, je me dépense autant qu’un hockeyeur qui se donne à fond pendant 30 minutes. Je m’entraîne donc de trois à cinq fois par semaine en cardio et en musculation. C’est bien beau monter 18 étages par les escaliers, mais rendu en haut, je dois avoir la force de défoncer la porte!

C’est un métier dur, mais j’en retire une immense fierté, parce que mes décisions permettent de sauver des biens matériels, des maisons et surtout des vies. 10-10*.

* «Situation réglée», dans le jargon des pompiers.



guide de survie





Si vous gaffiez devant vos collègues et patrons, comment réagiriez-vous?








Résultats