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Tranches de vie
Ouvriers ingénieux

Pas besoin d’être ingénieur pour être ingénieux

Il n’y a pas que les ingénieurs industriels qui améliorent les équipements d’usine : les ouvriers qui utilisent ces machines ne s’en privent pas non plus! Petit portrait de «patenteux» qui ne manquent pas de bonnes idées.

par Anick Perreault-Labelle



Il y a des travailleurs qui font ce qu’on leur demande sans se poser de questions. Et il y a les «patenteux». Quand ils remarquent qu’une pièce d’équipement fonctionne mal, ils mettent leurs méninges au travail et cherchent une meilleure façon de faire. «Ils sont observateurs, curieux et ne se contentent pas de la réalité telle qu’elle est», dit l’ingénieur Jean-Pierre Trudeau, conseiller Recherche et choix de société à l’Ordre des ingénieurs du Québec. Bref, ils ont beau n’avoir qu’un diplôme d’études secondaires ou d’études professionnelles (DEP), ils en montrent parfois aux ingénieurs!

Plus autonomes

Les DEP aident les futurs mécaniciens et machinistes à développer leur ingéniosité, dit Guy Belleau, enseignant de soudage-montage au Centre de formation professionnelle (CFP) La Croisée, à Donnacona. «Beaucoup de professeurs développent l’autonomie chez leurs étudiants en leur demandant de construire des pièces ou des outils sans plans, à partir d’un croquis sommaire. Plus tard, quand ils travaillent, cela les aide à identifier les équipements qui fonctionnent mal et à proposer des améliorations.»

Experts de leur machine

«Les ingénieurs ne peuvent pas penser à tout, ajoute André Paquet, directeur du CFP La Croisée. Ils travaillent sur une table à dessin : c’est loin de la réalité des usines!» En fait, sur le terrain, ouvriers «patenteux» et ingénieurs collaborent fréquemment. Les premiers trouvent une idée, puis font un croquis qu’ils soumettent aux ingénieurs. Les deuxièmes calculent les charges et les puissances, puis renvoient leurs plans à l’ouvrier pour… qu’il construise sa machine.

«De plus, les ingénieurs qui ont à modifier un équipement ont intérêt à demander aux opérateurs comment ils l’utilisent : ce sont eux, les experts!» dit Christian Campbell, secrétaire-trésorier de la Fraternité indépendante des travailleurs industriels.

Toute entreprise qui a un programme d’amélioration continue veut que ses ouvriers fassent fonctionner leurs méninges, dit Robert Davis, vice-président recherche, analyse et affaires publiques aux Manufacturiers et exportateurs du Québec. «C’est essentiel à la bonne santé des manufactures, surtout dans les temps difficiles qu’on vit en ce moment.» L’entreprise y gagne des équipements plus efficaces et des employés plus impliqués. À condition, bien sûr, «qu’elle écoute leurs propositions et les mette en œuvre», ajoute Robert Davis. (Les Éditions Jobboom)



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