Mon père et mon oncle ont fondé l’Imprimerie Vaillancourt en 1933, dans le quartier Saint-Henri, à Montréal.
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J’y travaille depuis que je suis tout petit et je l’ai rachetée en 1980, après mes études à HEC Montréal.
J’imprime des affiches, des dépliants, des journaux, des cartes professionnelles et même des livres pour des entreprises montréalaises. Je coordonne toutes les étapes de l’impression, du graphisme jusqu’au découpage ou à la reliure, selon le cas. Produire un objet concret que je peux tout de suite prendre dans mes mains et apprécier est une des beautés de mon métier.
Au cours des années, j’ai modernisé les équipements. Entre autres, j’ai changé les vieilles presses à plomb pour des presses offset, la technologie la plus répandue dans le domaine. Et la chambre noire (qui servait à transférer les images sur de la pellicule avant de les imprimer) sert maintenant de placard à vadrouille!
Toutefois, j’utilise encore certaines vieilles machines qui sont toujours efficaces. Ma plus ancienne presse date de 1967 et ressemble à une locomotive à vapeur. Contrairement aux imprimantes numériques que j’utilise pour les petits travaux (un rapport en quelques exemplaires, par exemple), elle ne se brise jamais.
Les nouveaux équipements automatisés demandent moins d’habiletés pour les ajuster et les faire fonctionner que les vieilles machines. Le métier est donc devenu davantage celui d’un opérateur que d’un artisan. Mais un travail bien fait exige une minutie constante. Il faut s’assurer d’imprimer des couleurs identiques d’une page à l’autre, de plier et de couper les feuilles aux bons endroits, etc. Si un trou est mal aligné dans un cahier, tout le travail est à recommencer.
Comme propriétaire, je ne travaille pas toujours dans l’atelier, mais quand je donne un coup de main aux employés qui travaillent aux machines, je trouve ça reposant. Par contre, si je passais toutes mes journées sur le même appareil, je trouverais ça vite redondant.
J’adore les bruits des machines, surtout les tac-à-tac rapides et assourdissants de la plieuse. Peut-être parce que ça signifie que les affaires roulent bien!
Le travail n’est pas vraiment salissant, mais un accident peut toujours arriver. Dans ces cas-là, je peux dire adieu à ma chemise : je n’ai jamais vu quelqu’un en rescaper une après l’avoir tachée d’encre!
Aujourd’hui, les imprimantes numériques sont très performantes et les gens peuvent imprimer des documents de qualité à la maison. Mais je ne m’inquiète pas : il y aura toujours une place pour les imprimeurs. Après tout, on me répète depuis l’arrivée des centres de photocopie il y a près de 30 ans que mon métier va disparaître et je suis toujours là!