Les chasseurs et les pêcheurs sont prêts à mettre le gros prix - entre 60 et 1000 $ - pour un couteau signé Guy-Philippe Gauthier.
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Les couteaux que je fabrique sont artisanaux et utilisés principalement pour la chasse, la pêche et la cuisine.
J’ai commencé mon apprentissage à l’âge de 14 ans avec mon mentor, M. Roger Grenier. Au début, c’était un emploi d’été. Mais dès la deuxième année, je rêvais de faire ce métier toute ma vie. J’ai racheté Les couteaux Grenier en 2006. Le jour où M. Grenier m’a demandé si je voulais prendre sa place a été le plus beau de ma vie.
La fabrication d’un couteau comporte plusieurs étapes : le traçage, le découpage, le polissage, la confection du manche, etc. La plus longue et difficile est le façonnage de la lame. J’utilise huit sortes de papiers sablés différents pour lui donner sa forme et son angle coupant, tout en m’assurant qu’elle devient lisse comme un miroir.
Le trempage est la seule étape que je ne fais pas moi-même. J’envoie la lame dans un atelier spécialisé où elle est chauffée à rouge et trempée quelques secondes dans de l’azote liquide : c’est ce qui rend l’acier dur.
Pour les manches, j’utilise toutes sortes de matériaux : du bois, des panaches, des cornes ou des mâchoires d’animaux. Seules mon imagination ou celle de mes clients aux demandes parfois spéciales me limitent dans ma création. l Je procède à l’aiguisage en tout dernier, évidemment, sinon, je me blesserais en travaillant.
Faire un couteau me prend environ huit heures. Mais comme j’en produis une dizaine du même modèle à la fois, je gagne un peu de temps. En tout, je fabrique à peu près 600 couteaux par année. Comme c’est un travail artisanal, aucun n’est parfaitement identique.
Les couteaux de pêche sont les plus populaires, probablement parce que les gens pêchent en groupe : dès qu’un pêcheur sort son couteau pour fileter un poisson, tous les autres en veulent un. Les chasseurs sont quant à eux plus solitaires. Et quand la chasse est fructueuse, ils montrent leur orignal plutôt que leur couteau!
Les prix varient de 60 $ pour un petit couteau de pêche de deux pouces et demi à 1 000 $ pour une commande spéciale qui demande beaucoup de temps, à cause de la forme complexe de la lame, par exemple.
Il m’arrive de ne pas vouloir me départir d’un couteau parce que je le trouve trop beau : je refuse de le vendre et je le conserve dans mon présentoir, mais un client ou un collectionneur finit presque toujours par me convaincre de le lui céder.
À la maison, j’ai seulement des couteaux Grenier (une vingtaine), sauf mes couteaux à beurre et un vieux couteau à patates dont je ne me suis pas encore défait.
Je travaille près de 70 heures par semaine, seul dans mon atelier à Mont-Tremblant. Si aucun client ne s’y arrête, je peux parfois passer trois ou quatre jours sans voir personne. Mais je ne veux pas agrandir et embaucher des employés, ça dénaturerait Les couteaux Grenier. Je veux continuer à faire de l’art, et non de la production massive, et ce, jusqu’à ma retraite.