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![]() Uzooma Okeke, dépisteur pour les Alouettes |
Près des deux tiers avaient fait des études universitaires, la plupart en éducation physique ou en kinésiologie. Mais seulement 55 % d’entre eux arrivaient à vivre grâce à leur travail d’entraîneur. Salaire moyen chez ces «privilégiés» : 18,88 $ l’heure. Certains étaient payés par les parents de leurs poulains, d’autres par leur fédération, d’autres encore par un club privé.
D’un sport à l’autre, il n’y a pas de formule consacrée. Ni de garantie. «Nous avions réalisé sensiblement la même étude à la fin des années 1980, dit Suzanne Laberge. Seulement une fraction des entraîneurs ciblés à l’époque étaient encore en poste au moment de la seconde enquête. Il y a beaucoup de roulement, à cause des heures de fous et des problèmes de financement.»
Tout n’est pas noir pour autant. À la fin des années 1980, à peine 34 % des répondants arrivaient à vivre grâce à leur travail d’entraîneur. Le milieu a donc enregistré un gain de 21 %.
Reste que 45 % des entraîneurs de haut niveau tirent encore le diable par la queue. Ils n’ont d’autre choix que de dénicher un second boulot à temps partiel, parfois même à temps plein, dans le domaine du sport ou ailleurs. «Mon coach travaille de 7 h à 15 h comme poseur de céramique, dit Sylvera Louis. Il rentre au gym après pour m’entraîner.»
Michèle Godbout, elle, vit de ses revenus d’entraîneuse de patinage artistique. Sans son conjoint toutefois, débardeur au port de Montréal, elle doute qu’elle arriverait à boucler les fins de mois, même si elle travaille de 40 à 50 heures par semaine. Hiver comme été, elle voyage d’un aréna à l’autre pour entraîner de jeunes espoirs québécois. Elle donne aussi des cours de groupes à des patineurs récréatifs en soirée. L’été, elle organise des camps de vacances. Elle réserve un aréna, embauche des entraîneurs et monte un programme.
«Je suis travailleuse autonome et je suis payée seulement quand je suis sur la glace. Les heures qui servent à organiser des activités, c’est du bénévolat.» Son tarif horaire : 35 $. Et elle ne veut pas l’augmenter. Ce sont les parents des patineurs qui lui versent un salaire, et ceux-ci doivent déjà payer pour le temps de glace. «Dans ma jeunesse, le patinage m’a aidée à bâtir ma confiance. Je ne voudrais pas priver les jeunes qui ont moins de moyens en haussant mes tarifs. Ce sont eux qui ont le plus besoin de réussir un double Axel.»
Le MELS est bien conscient des conditions d’emploi difficiles auxquelles se butent les entraîneurs. Pour leur donner un coup de pouce, la Direction du sport a lancé le programme Équipe Québec, après la publication du dernier rapport de Suzanne Laberge en 2005. «On verse maintenant 20 000 $ aux entraîneurs qui supervisent au moins un athlète de niveau international, nonobstant leurs autres sources de revenus», explique Guy Thibault, conseiller à la Direction du sport et de l’activité physique du MELS. À ce jour, 115 entraîneurs bénéficient du programme. Michèl Godbout ne fait pas partie du lot. Ses patineurs n’ont pas encore atteint le calibre international.
![]() Jean-Marc de la Plante, propriétaire du centre d’escalade Allez Up |
«Au Québec, on fait vite le tour des équipes professionnelles avec le Canadien, les Alouettes et l’Impact», souligne Uzooma Okeke. Joueur de la ligne offensive des Alouettes pendant 10 ans, ce Texan d’origine a pris sa retraite en 2006, à 35 ans. Un de ses anciens coéquipiers s’était déjà recyclé dans la vente, un autre dans la finance. L’idée de quitter le stade pour se retrouver dans une tour de bureaux lui donnait des maux d’estomac. Il a bondi de joie quand l’équipe l’a recruté comme dépisteur.
Uzooma Okeke passe maintenant ses journées à assister à des matchs ou à les visionner sur DVD, à la recherche des étoiles montantes qui feront briller l’équipe. Les parties de la Ligue canadienne de football (LCF), celles de la National Football League (NFL), celles des équipes universitaires, tout y passe.
Certes, il a encaissé une baisse de salaire quand il a laissé le ballon pour faire le saut du côté de l’administration. «Je ne fais plus dans les six chiffres, mais ce n’est pas bien grave.» Oui, il doit laisser sa femme et leurs deux filles derrière plusieurs semaines par année, tandis qu’il sillonne le Canada ou les États-Unis. «On s’arrange. Je les amène avec moi quand c’est possible.» Mais aucun argument ne peut gâcher son plaisir. «Quand je dis à mes copains comment je gagne ma vie, ils deviennent verts de jalousie. Aussi verts que le gazon du stade.»
Le Dr David Mulder fait aussi partie des heureux qui sont payés pour assister à des matchs de sport professionnel. Chirurgien thoracique à l’Hôpital général de Montréal, expert en traumatologie, il est médecin en chef des Canadiens de Montréal. Un des 150 employés du club et du Centre Bell, joueurs non compris. En saison, il assiste à chaque partie jouée à Montréal, puis suit les joueurs sur la route durant les séries éliminatoires (quand ils arrivent à se classer!). Il chapeaute une équipe médicale qui réunit un dentiste, un ophtalmologiste et un chirurgien orthopédique, tous prêts à réagir en cas de blessure.
Le bon docteur Mulder voit à l’examen des nouvelles recrues et assure le suivi auprès des 60 joueurs de l’organisation, principalement à Montréal, mais également à Hamilton où se trouve le club affilié, les Bulldogs. L’été, question de ne pas s’ennuyer, il se joint aux Alouettes. Ici, il n’agit pas comme chef, il est un des membres de l’équipe de soins. «Ça prend quand même pas mal de temps, parce que la Ligue demande à une partie de l’équipe médicale de prendre la route avec les joueurs chaque fois qu’ils jouent à l’extérieur de Montréal, même en saison régulière», explique-t-il, tout juste rentré de Regina. «J’y vais une fois sur trois.»
Quand les médecins de la LNH se rencontrent, une fois par année, ils ne passent pas leur temps à pleurer sur leur sort. «Rares sont ceux qui ont d’aussi bonnes places que nous à l’aréna!» Le Dr Mulder assure toutefois qu’il ne laisserait pas tomber sa «vraie» job à l’hôpital. «Disons qu’il faudrait que je réduise mon train de vie de quelques coches. À ma connaissance, il n’y a aucun médecin qui se consacre entièrement à une équipe de la Ligue.»