Tranches de vie

À la sueur de leur front (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 8
septembre 2008

Claudine Douville, journaliste au Réseau des sports

Pour les nuls

Debbie Savoy-Morel est entrée chez les pros il y a 15 ans. Aussi bonne golfeuse soit-elle, elle n’a jamais envisagé de gagner sa vie en remportant des tournois. «Chez les femmes, au Québec, on oublie ça! Les bourses sont faméliques. Quand il y en a.» Elle a donc fait comme tout bon sportif qui doit mettre du pain sur la table : elle a décidé de donner des cours d’initiation à M. et Mme Tout-le-monde.

Elle n’est pas tombée sur n’importe quelle famille Tout-le-monde. Un an après être passée chez les pros, René Angélil l’a contactée pour lui demander d’enseigner le golf à Céline. «Ça devait durer 16 jours, on a joué tout l’été. En moins d’un an, elle avait un handicap de 14. C’est tout à fait exceptionnel.» Quand René et Céline ont décidé d’acheter le club de golf Le Mirage à Terrebonne, en 1997, c’est à elle qu’ils ont offert le poste de professionnelle en titre.

Aujourd’hui, Debbie Savoy-Morel enseigne toujours, organise des activités pour les membres, s’occupe des achats pour la boutique et touche aux relations publiques pour Le Mirage. Elle travaille 13 jours sur 14 l’été. Les journées finissent tard, clôturées par des banquets ou des événements spéciaux. L’hiver, elle profite de cinq semaines de congé, puis rentre au bureau pour planifier les activités de la saison suivante.

«Le temps qu’il me reste, je le consacre à ma famille. Heureusement, mes enfants ont 23 et 24 ans et se débrouillent pas mal seuls. Les loisirs, eux, ont pris le bord. Tant pis. Je joue au golf toute la journée et je suis payée. Plutôt bien, à part ça! J’ai envie de me pincer chaque fois que je frappe mon coup de départ.»

Tout comme Debbie Savoy-Morel, Jean-Marc de la Plante a choisi d’initier M. et Mme Tout-le-monde à sa passion pour pouvoir en vivre. Après avoir escaladé les parois rocheuses les plus hostiles d’Amérique et d’Europe, l’idée d’aller s’acheter des complets et des cravates ne l’enchantait guère. Au même moment, le centre d’escalade où il s’entraînait dans le quartier Pointe-Saint-Charles, Allez Up, battait de l’aile. «Le proprio ne s’en occupait pas vraiment et je savais que je pouvais faire mieux.»

En 2003, alors qu’il n’a que 20 ans, ce mordu de l’escalade laisse ses études aux HEC et convainc ses parents d’investir avec lui pour acheter l’entreprise. «J’ai laissé l’université pour être bien certain de couper tous les filets de sécurité. Je n’avais plus le choix de réussir.» Cinq ans plus tard, Allez Up est devenu un incontournable à Montréal pour quiconque veut s’initier aux plaisirs de la grimpe. On donne aussi des cours de «premier de cordée» pour les grimpeurs plus ambitieux; on organise à l’occasion des compétitions.

Débrouillard, Jean-Marc de la Plante s’est aussi dégoté quelques contrats auprès de maisons de production de films ou de séries télé. C’est lui qui a montré à l’acteur hollywoodien Hugh Jackman à grimper pour les scènes de son film The Fountain. «Ce genre de contrat double les revenus que j’empoche grâce au gym. Finalement, je gagne sûrement plus qu’un comptable.»

Sur la passerelle

À part les joueurs de hockey professionnels donc, qui sont les travailleurs les mieux payés dans le monde du sport au Québec? «Probablement les journalistes», croit Guy Thibault, du MELS. «Un instant», répond Claudine Douville, journaliste au Réseau des sports. «C’est vrai pour certaines vedettes des grands réseaux, mais ce n’est pas généralisé.» Ne faites pas d’erreur, elle ne se plaint pas de son salaire. «Je gagne bien ma vie, mais je ne roule par sur l’or contrairement à ce que pensent bien des gens quand je leur dis que je suis à la télé.»

«Je gagne bien ma vie, mais je ne roule par sur l’or, contrairement à ce que pensent bien des gens quand je leur dis que je suis à la télé.»
— Claudine Douville journaliste au Réseau des sports

Claudine a étudié en journalisme à l’Université Laval précisément dans le but de travailler aux sports. Elle anime l’émission Plein Air Sans Limites, en plus de commenter les matchs de soccer, sa deuxième passion. À Pékin toutefois, c’est au volleyball de plage qu’on l’a assignée. «Ça marche bien auprès des auditeurs. Quand il y des moments morts dans les autres compétitions, on peut toujours y revenir. Les athlètes sont beaux, on rêve en regardant la plage et c’est toujours en mouvement.»

Lorsqu’elle ne travaille pas pour RDS, la journaliste participe régulièrement à des expéditions d’aventure. Elle a déjà tenté le sommet de l’Everest, atteint celui du Kilimandjaro et participé à quatre reprises au Rallye Aïcha des Gazelles dans le désert du Sahara. Elle gagne aussi un peu d’argent en animant des galas à l’occasion, ou en donnant des conférences. Plus récemment, elle a publié son premier roman. «Pratiquement tous ceux que je connais dans le monde du sport font deux ou trois choses à la fois, note Sylvera Louis. Ça prend ça pour survivre. Il faut être polyvalent et savoir se mettre en marché.»

Lui-même essaie de garder le plus de cordes possible à son arc. Il courtise le monde de la boxe professionnelle et poursuit ses cours à l’université. «Si ça ne fonctionne pas avec Underdog, je ferai peut-être des relations publiques ou du marketing pour une organisation sportive. Mais ce sera en dernier recours. J’aime trop le ring. L’adrénaline, on ne s’en passe pas facilement.»


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