Tranches de vie
Christiane Ouimet, lutin en chef et porte-parole pour le Québec, Postes Canada

Courrier du cœur

Je travaille à Postes Canada depuis six ans, et depuis trois ans, je supervise l’équipe de lutins du père Noël.

Propos recueillis par Mariève Desjardins | photo : Maude Chauvin


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 10
novembre-décembre 2008

Pour moi qui suis encore excitée comme une enfant quand arrivent les premières décorations des fêtes, c’est tout un cadeau!

En 1974, des employés ont commencé à répondre aux lettres adressées au père Noël trouvées parmi les envois non distribuables. Ça leur brisait le cœur de les laisser sans réponse. Le mot s’est passé et la quantité de lettres reçues a rapidement augmenté. Depuis 1983, la fameuse résidence du pôle Nord possède son propre code postal – H0H 0H0.

Les lettres viennent d’aussi loin que du Vietnam, du Japon et de la Lituanie! L’an dernier, nous en avons reçu 1 216 000, ce qui a valu à Postes Canada une inscription dans le Livre Guinness des records pour le plus grand nombre de lettres envoyées à un même code postal et de réponses transmises par courrier. Comme il est branché sur la technologie, le père Noël a aussi répondu à 45 000 courriels.

Mes lutins sont des employés de Postes Canada qui répondent bénévolement aux lettres pendant leurs pauses ou après le travail. Des lettres arrivent dès septembre, mais la période de pointe débute généralement après la première bordée de neige. Le mois de décembre est très occupé; les lutins consacrent alors facilement deux heures par jour au courrier de Noël.

Pour moi, c’est une période fabuleuse. Nos bureaux sont décorés, les lutins portent leurs tuques rouge et blanc... Rassemblés autour d’une table, nous nous attelons à la tâche dans une ambiance festive.

Nous ouvrons et lisons toutes les lettres. Des suces, des mitaines ou même des biscuits se trouvent parfois dans les enveloppes, ce qui ne plaît pas toujours aux machines de tri! Question d’accélérer le travail, nous avons quatre versions de lettres standardisées. Deux lettres de base différentes (au cas où deux enfants d’une même famille écrivent), une version pour les retardataires et une version pour les groupes. À chacune, nous ajoutons un post-scriptum à la main pour lui conférer un côté féerique et personnalisé. Les bénévoles y vont de leur inspiration, mais je leur demande d’éviter les bisous, qui peuvent être mal interprétés.

Comme c’est souvent la toute première lettre qu’un enfant envoie, je me fais un devoir de soigner la qualité du français. Grâce à nos services de traduction, le père Noël répond en 26 langues, et même en braille.

Ça m’attriste lorsque les enfants oublient d’inscrire leur adresse de retour au complet. Nous faisons alors des pieds et des mains pour retracer les petits destinataires.

Certains enfants demandent la moitié du catalogue de jouets en cadeau, d’autres ont des requêtes beaucoup moins matérielles, comme de la poudre magique ou la paix dans le monde. Ils inondent aussi le père Noël de questions : ce qu’il fait l’été, sa technique pour voyager si vite, son âge, son poids... La lettre la plus drôle que j’ai reçue se terminait ainsi : «Je te laisse un verre de lait et un morceau de tarte que ma mère a fait, mais à ta place, je n’en mangerais pas.»

C’est un travail très joyeux, malheureusement obscurci lorsque je reçois des lettres tristes, signées par des enfants qui ont de gros problèmes à la maison, qui ont un parent malade, décédé, parti à la guerre, etc. J’avale alors un peu de travers. J’essaie de trouver les bons mots pour leur apporter un peu de réconfort, parfois avec l’aide de psychologues. La magie de Noël, c’est sacré!
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