Tranches de vie
Jacinthe Quevillon, aumônier catholique, établissement carcéral Leclerc (Laval)

Le travail d'aumônier en prison

Quand ils ont envie de se confier, les détenus de l’établissement carcéral Leclerc peuvent compter sur Jacinthe Quevillon, leur aumônier «en dedans».

propos recueillis par Bianca Joubert
photo : Marie-Claude Hamel


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 2
février 2009

Je travaille depuis cinq ans à l’établissement Leclerc, une prison fédérale pour hommes à sécurité moyenne. Nous sommes seulement quatre femmes aumôniers au Québec : trois laïques (dont moi) et une religieuse.

Les détenus ici ont commis des crimes qui vont du gangstérisme à l’agression sexuelle, en passant par le trafic de drogue et l’homicide. C’est un milieu qui peut être dangereux – je dois rester vigilante et respecter les règles de sécurité. Pour me rendre à mon bureau, dans la chapelle de la prison, je dois franchir sept portes et passer au détecteur de métal, comme à l’aéroport. À l’occasion, je vais dans les cellules, mais c’est très rare et je m’arrange toujours pour que les gardes sachent où je suis.

L’essentiel de mon travail est consacré aux échanges avec les détenus, le personnel et les bénévoles. Je circule beaucoup dans la prison : je visite les lieux de travail, l’école, l’hôpital et le «trou» (une cellule de détention 23 heures sur 24).

Je rencontre les détenus individuellement quand ils en font la demande. Il y a peu de gens à qui ils peuvent parler librement et plusieurs souhaitent se confier, parler de leurs difficultés, mettre de l’ordre dans les événements de leur vie. Certains demandent un accompagnement spirituel sur une base régulière. D’autres veulent que je les aide à prendre contact avec un parent qu’ils n’ont pas vu depuis longtemps.

J’assiste également aux rencontres de «justice réparatrice», entre des criminels et des victimes de crimes. Le soir, j’anime une messe à la chapelle, en alternance avec un prêtre. Il m’arrive aussi d’accompagner des mourants.

Le jour, les détenus sont occupés à suivre des cours ou à travailler. La prison est calme, hormis le bruit constant du micro qui annonce les visites et les convocations. Le soir, dans les cellules, les sons des radios, des télés et des gars qui parlent fort s’entremêlent.

Je m’habille toujours sobrement à cause de la proximité avec les détenus, qui sont privés de femmes.

Pour faire mon métier, il faut être ouvert d’esprit et équilibré dans sa vie personnelle, avoir un bon jugement et savoir communiquer clairement. Il faut aussi une bonne capacité à se distancier du drame humain : entendre le détail d’un crime, c’est en voir le film dans sa tête.

Un détenu n’est pas que son crime, ni un numéro. C’est un délinquant, mais c’est aussi Roger ou Robert. Un frère, un père, un mari.

À mes débuts, j’ai été très frappée par l’austérité des lieux, les barbelés, la hauteur des clôtures. Avec le temps, la prison me paraît moins vide, mais je vois toujours les barbelés.
guide de survie

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