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Tranches de vie
Julien Myette déménageur à vélo, propriétaire de Transport Myette

Déménageur à vélo

Utiliser un vélo pour transporter des meubles et des électroménagers, une folie? Pas pour Julien Myette, déménageur et écolo convaincu.


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 6
juin-juillet 2009

Je suis spécialisé dans les microdéménagements à vélo : je transporte des petites charges sur de courtes distances. J’ai fondé mon entreprise l’année dernière. J’étais alors déménageur en camion et j’ai senti qu’il y avait de la place pour un service plus écologique et plus économique. D’après moi, mon entreprise est unique en Amérique du Nord.

Je demande 25 $ l’heure, pour un minimum de deux heures. S’il n’y a personne sur place pour m’aider, j’amène mon employé et le tarif monte à 40 $ l’heure. C’est donc beaucoup moins cher que deux déménageurs en camion, dont le taux horaire avoisine 80 $.

Au début, mon annonce précisait que j’étais à vélo, mais je n’ai pas eu de succès. Aujourd’hui, je ne le mentionne plus : je m’assure que je suis en mesure d’exécuter la tâche et je fais la surprise à mes clients! J’ai beaucoup de plaisir à voir leur réaction quand j’arrive avec ma bicyclette. Certains sont impressionnés et enthousiastes, d’autres sont plus sceptiques. Mais je finis toujours par les convaincre de mon sérieux. Au final, ils sont toujours satisfaits.

Je possède trois remorques (des structures légères en aluminium avec des roues, qui s’accrochent derrière mon vélo) qui peuvent supporter entre 135 et 275 kilos, selon le modèle. Je peux facilement charger l’équivalent de deux frigos sur une remorque. La majorité de mes clients désire d’ailleurs déménager des électroménagers achetés sur Internet ou à donner. Mais j’ai déjà transporté toutes sortes de choses : une grosse armoire antique, des canapés, un exerciseur... même une toilette! L’important c’est de répartir le poids pour ne pas basculer.

J’ai modifié les engrenages de la transmission de mon vélo pour faciliter le transport des charges très lourdes sans trop forcer. J’utilise des pneus lisses pour éviter la friction inutile et des freins à disque pour m’immobiliser rapidement malgré le poids. Mes chaussures «à clips» sont essentielles : comme elles s’accrochent aux pédales, je pousse une pédale vers le bas pendant que je tire l’autre vers le haut, ce qui double pratiquement ma puissance de pédalage.

Chargé, je roule à environ 10 km/h. Le plus possible, j’emprunte des rues à deux voies pour que les automobilistes puissent me dépasser et continuer leur chemin. En même temps, ça me donne de la visibilité parce que les grosses rues sont plus achalandées... je me fais de la pub!

Le plus désagréable, c’est la pluie. J’ai des bâches pour protéger le matériel, mais les installer ajoute à ma tâche. Et puis, emprunter des escaliers mouillés et glissants avec des meubles lourds, c’est dangereux. Donc, quand il pleut, j’honore mes engagements mais je n’en prends pas d’autres pour la journée même.

Je ne travaille pas l’hiver. Je suis fou, mais pas à ce point-là!



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