Votre casserole préférée est victime d’un séjour trop prolongé sur le feu ? Ne la jetez pas trop vite ! Michel Couture pourrait vous la ressusciter.
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Mon père a fondé l’entreprise il y a 50 ans. Ma mère a passé 30 ans de sa vie au rayon de la cuisine, chez Eaton. À la maison, on parlait chaudrons! Quand mon père a songé à fermer boutique, en 1997, ma décision de racheter a été rapide et impulsive.
En plus de la vente de batteries de cuisine et d’accessoires culinaires, j’offre un service de réparation de casseroles et de poêlons. Tout est réparable, à condition que ce soit de bonne qualité : casserole calcinée, fond de chaudron recouvert de plastique fondu ou de nourriture carbonisée, cocotte en fonte à l’émail écaillé, etc. J’explique aussi ce qui peut être toxique ou mauvais pour la santé, comme la cuisson à basse température dans un contenant à l’aluminium endommagé.
Je fais plusieurs dizaines de réparations par mois. Je pose ou restaure des poignées, des boutons, des joints de caoutchouc sur les autocuiseurs. J’ai encore des pièces pour des Presto des années 1950, 1960 et 1970.
Pour les gros travaux, comme la réfection de l’émaillage, l’étamage au nickel, le revêtement antiadhésif ou la soudure, j’envoie les pièces en sous-traitance dans une petite entreprise au Lac-Saint-Jean. J’ai suivi des cours de soudure et de métallurgie, mais j’ai vite découvert que je suis allergique au gaz. Les émanations provoquent des crises d’asthme...
Aucune école n’enseigne l’entretien et la réparation des chaudrons, seulement l’expérience. Mon père m’a transmis ses connaissances, que je transmets à mon tour à ma fille, qui reprendra un jour l’entreprise.
J’ai plusieurs clients fidèles, certains viennent à la boutique depuis quatre générations! Des gens se déplacent de Mont-Laurier, d’Ottawa, du Maine pour m’apporter leurs chaudrons…
Au temps de mon père, les gens voulaient une batterie de cuisine résistante et pouvaient payer jusqu’à 500 dollars pour qu’elle dure toute la vie. Une fortune à l’époque! Aujourd’hui, les gens en achètent pour presque rien, même si elles ne durent pas et peuvent leur faire rater leurs plats.
Certaines casseroles ont une valeur sentimentale et sont un héritage familial. Des clients me disent que leur mère ou leur grand-mère faisait son rôti de porc ou son cipaille dans tel chaudron et que ça n’a pas le même goût dans un autre plat!
Réparer une casserole au lieu de la jeter est un geste écologique et économique qui encourage les entreprises locales. Ça évite d’envoyer au dépotoir des métaux que la ville ne récupère pas et qui prennent de 50 à 100 ans à se décomposer.
Le nom de l’entreprise, Delmar, est formé des premières syllabes des prénoms de mon père, Martial, et de son associé de l’époque, Delourde. Ils trouvaient le nom exotique et parfait pour l’importation. Aujourd’hui, avec le site Internet, on vend beaucoup en Europe, surtout des autocuiseurs. J’ai même déjà envoyé des pièces à une cliente européenne… au Congo!