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Tranches de vie
Michael Marler, vigneron au Vignoble Les Pervenches, Farnham, Cantons-de-l’Est

Le temps des vendanges

Les deux premières semaines d’octobre riment avec vendanges pour les vignerons. Parmi eux, Michael Marler, de Farnham dans les Cantons de l’Est.

Propos recueillis par Mariève Desjardins
Photo : Rachel Côté



Je produis chaque année de 10 000 à 15 000 bouteilles dans mon vignoble de trois hectares (la superficie d’environ cinq terrains de football).

Ce sont surtout des blancs à base de chardonnay, un cépage européen rare au Québec. Mais je fais aussi des rouges avec des cépages hybrides adaptés à notre climat, comme le Frontenac ou le Maréchal Foch.

Contrairement aux vignobles immenses et complètement mécanisés, je privilégie une approche biologique, qui requiert beaucoup de rigueur et de minutie. Chaque nuance dans la culture influence le produit fini : la maturité des raisins lors de la récolte, l’entretien de la vigne, etc.

Je dirige les opérations de A à Z, de la bouture à la bouteille. Dès le mois de mars, je retire les couvertures posées sur les plants pour les protéger du froid et je taille la vigne. Pendant l’été, je passe de longues heures à dorloter mes vignes : désherber, protéger des maladies fongiques, palisser la vigne afin qu’elle pousse bien droit, enlever des feuilles autour des grappes pour maximiser l’ensoleillement. C’est aussi le moment d’embouteiller le vin de l’année précédente afin de vider les cuves pour la prochaine récolte.

Au début de septembre, je couvre les vignes avec des filets pour empêcher les oiseaux de manger les raisins et je prépare la vendange qui se tient les deux premières semaines d’octobre.

La récolte se fait à la main, à l’aide de sécateurs, une activité exigeante et salissante quand il s’agit du raisin rouge. On peut être une vingtaine de cueilleurs, à quatre pattes, dans la boue quand il pleut, dehors de 6 h du matin jusqu’à la tombée de la nuit malgré le climat parfois frisquet. Cette période est supposée être la plus festive parce que c’est l’aboutissement de beaucoup de travail, mais avec 12 000 vignes, c’est un peu la course folle pour tout récolter. Je n’ai même pas le temps de me réjouir! Heureusement, on met ensuite le vin à fermenter dans le chai, et l’hiver, c’est le repos mérité.

Mon plus grand cauchemar, c’est le gel du printemps qui s’attaque aux premiers bourgeons. Des jours de travail peuvent être gâchés en une seule nuit. Ça m’est arrivé l’an dernier et j’en avais les larmes aux yeux. Pour pallier ces intempéries, je fais parfois brûler des bûches dans le champ pour réchauffer l’air. Ça occasionne toutefois de gros coûts… et des nuits très courtes, car il faut remplacer les bûches souvent.

Faire du vin au Québec est très stimulant : le marché est en expansion et on n’a pas fini d’explorer les possibilités de notre terroir. Et quand je partage ma passion autour d’une bonne bouteille, j’oublie les moments ardus et je me dis que ça vaut la peine de se donner tout ce mal!



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