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Journaliste bardée de prix, Barbara Ehrenreich est l’une des essayistes sociales les plus respectées des États-Unis. Après L’Amérique pauvre, une enquête magistrale sur les travailleurs à bas salaire et la pauvreté chronique à laquelle ils sont confinés, elle s’attaque maintenant à un autre sujet tabou : le chômage chez les cols blancs, un des ravages du corporatisme. Si certains prétextent le manque d’éducation pour expliquer l’indigence des travailleurs au bas de l’échelle, ils ne peuvent pas brandir le même argument pour justifier celle de la classe moyenne américaine. Ces cadres intermédiaires ont fait tout ce qu’il faut pour réussir : ils ont fréquenté l’université, ont développé expérience et compétences, ont bâti des CV impressionnants.
Pourtant, ils sont souvent les premières victimes des cures d’amaigrissement des entreprises (restructurations, fusions, délocalisations). Certains ont tellement de mal à retrouver un job qu’ils frôlent la faillite personnelle. Comme les statistiques sont muettes à leur sujet, Barbara Ehrenreich a revêtu pendant un an le costume d’une professionnelle «en transition» afin de mieux comprendre le phénomène. Armée d’une nouvelle identité et d’un CV témoignant d’une expérience solide en relations publiques, elle a fréquenté coachs et foires d’emploi, a littéralement tapissé Internet de son CV et a déployé les astuces du réseautage (networking) intensif. Avec une plume tantôt hilarante, tantôt affligeante, cette spécialiste de l’enquête de terrain relate les multiples revers qu’elle a essuyés dans le but d’analyser ce qui ne tourne pas rond dans l’économie américaine. Encore une fois, elle signe un ouvrage fascinant sur les dessous du capitalisme.
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(New York, Metropolitan Books, 2005, 237 pages.)