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Les annonces tombent de façon un peu raide, mais avec le temps, on s’y est presque habitués : à coups de milliers, voire de dizaines de milliers, les licenciements à grande échelle font désormais partie intégrante de notre univers économique. Au nom d’une certaine flexibilité, le couperet tombe. Au nom aussi d’une certaine façon de satisfaire les actionnaires qui, au lendemain de licenciements massifs, les saluent et les sanctionnent en s’arrachant les actions, qui grimpent alors en flèche.
Louis Uchitelle, journaliste au New York Times, s’insurge contre cette pratique. Selon lui, il s’agit tout au plus d’une solution facile, qui ne prend pas en compte la totalité des coûts infligés à la société. Quels sont les impacts d’une délocalisation sur une petite région? Quels sont les effets à long terme sur la santé mentale des employés congédiés? Dans quelle mesure ces employés pourront-ils recouvrer la totalité de leurs moyens et de leur productivité? Tout au long de l’ouvrage, nous suivons des gens qui ont perdu leur boulot dans le cadre de tels licenciements et, si certains semblaient avantagés par leur position et leurs salaires, tous redeviennent égaux devant le vide ainsi créé dans leur vie.
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L’auteur poursuit sa réflexion et s’interroge aussi sur le rôle des syndicats. À force de congédier, les patrons ont réussi à les affaiblir, modifiant radicalement le rapport de force en leur faveur. La plupart du temps, les salariés ont tellement peur de perdre leur boulot qu’ils n’oseront même pas entreprendre de moyens de pression.
L’étude de Louis Uchitelle porte sur les États-Unis, mais la situation est assez semblable de ce côté-ci de la frontière. Et la citation suivante résume bien le désarroi induit par le manque de loyauté des entreprises à l’égard de leurs employés : «Il y a 40 ans, il était entendu de manière implicite que si vous faisiez des études, n’agressiez pas les gens dans la rue et faisiez preuve de discipline au travail, vous pouviez bien vivre.» Une telle garantie n’existe plus...
(Demopolis, Paris, 2008, 380 p.)