
L’utilisation de l’article défini dans le titre n’a rien de fortuit. Pour son nouveau roman, Cavanna a décidé de s’attaquer au voyage fondateur du Nouveau Monde, le premier de Christophe Colomb, ce Génois devenu Espagnol le temps de découvrir une terre qui ne portera jamais son nom.
Au début de l’ouvrage, un avertissement : «Ceci est un roman. L’auteur d'un roman fait ce qu'il veut. Il est le maître absolu de son histoire.» Et celui-ci s’en donne à cœur joie, prend des libertés avec l’Histoire, invente quelques passages parallèles qui pimentent la vie du découvreur des Indes occidentales.
Ce voyage, nous le faisons en compagnie de Konogan, pauvre bougre embarqué contre son gré sur le Santa Maria, comme presque tous les membres de l'équipage, d’ailleurs. Ce personnage iconoclaste, plutôt naïf mais fort perspicace, raconte autant la difficile vie quotidienne des matelots que les grandes préoccupations du sieur Colomb, pressé de mettre la main sur les trésors asiatiques et d’impressionner Isabelle et Ferdinand, les rois catholiques d’Espagne.
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Évidemment, pour qui connaît un peu l’auteur, on ne sera pas surpris de voir Konogan s'enticher d’une improbable passagère clandestine. Cet amour total et impossible teinte le roman d’une dose d’humanité cruellement absente sur les navires de l’amiral.
À force de romancer la réalité, Cavanna nous demande ici et là d’avaler quelques couleuvres. Mais son humour singulier et l’agilité de sa plume mâtinée d’ironie et de sarcasme nous les font avaler goulûment.
(Paris, Albin Michel, 2006, 347 pages)