
Fasciné par la pêche au saumon, un cheik yéménite fortuné entreprend de faire aménager une rivière à saumon dans son pays. Est-il nécessaire de le préciser, le climat du Yémen et de ses déserts torrides n’est pas au goût des salmonidés, plus à l’aise dans l’eau fraîche des zones tempérées.
L’argument est loin d’être suffisant pour refréner les ardeurs du cheik, qui sollicite l’appui du gouvernement du Royaume-Uni pour mener son entreprise à bon port. Jugeant le projet au mieux irréalisable, le Dr Alfred Jones refuse d’abord d’y collaborer, et ne finit par plier que sous les menaces. Mais l’homme, à qui sa femme vient d’offrir une nouvelle tête rotative pour sa brosse à dents électrique afin de souligner leur vingtième anniversaire de mariage, se laissera vite prendre au jeu. Saisissant l’occasion pour fuir son morne quotidien, il découvrira bientôt le pouvoir de l’argent et la force du rêve.
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Le lecteur se fait lui aussi happer avec intensité dans cette histoire de pêche qui s’amuse des travers politiques et bureaucratiques à grands traits d’humour et de flegme britannique. Le choc des cultures occidentale et arabe y est aussi joyeusement exploité et, curieusement, on ressort de ce roman avec une furieuse envie de se mettre à la pêche à la mouche, pénétré par cette grande question : «Pourquoi tantôt le poisson mord, et tantôt non?»
Paul Torday est un homme d’affaires anglais qui n’avait jusqu’ici jamais cru bon de faire publier sa prose. Avec Partie de pêche au Yémen, il sentait cependant qu’il avait une belle prise et, à l’âge de 59 ans, s’est mis en quête d’un éditeur. Il a trouvé, pour le plus grand plaisir des lecteurs qui découvrent un écrivain à l’imagination fertile, et pas seulement sur le fond : la forme est un mélange hétéroclite et fort efficace d’extraits d’entretiens, de journal intime, d’études de faisabilité ou de scripts d’émissions de télé. Savoureux!
(JC Lattès, Paris, 2008, 377 p.)