Trouver un article
L'OuLiPo consiste à s'imposer une contrainte linguistique pour écrire un texte, par exemple, un roman sans la lettre e.

«Au fond, je me donne des règles pour être totalement libre», disait Georges Pérec. Ainsi peut se résumer le leitmotiv créatif des auteurs de l’OuLiPo (l’acronyme d’OUvroir de LIttérature POtentielle), un mouvement littéraire fondé il y a 50 ans par l’écrivain Raymond Queneau et le mathématicien François Le Lionnais, et dont Pérec était une figure de proue.
Le principe de l’OuLiPo – un prolongement du surréalisme – consiste à s’imposer une contrainte linguistique qui balise la création d’un texte. Ainsi, certains textes oulipiens sont rédigés en excluant une lettre (La disparition, de Pérec, qui ne contient aucun «e»). D’autres utilisent des formules mathématiques, comme l’exercice x + 7 de Queneau qui consiste à changer chaque substantif dans un texte par le septième substantif qui le suit dans le dictionnaire (résultat : La cigale et la fourmi devient La cimaise et la fraction).
| Pub. |
Le poème, par sa forme, se prête à merveille à ce type de procédé, mais des romans sont aussi nés de ce mouvement. Quand le besoin se fait sentir, l’auteur explique la contrainte choisie. Sinon, c’est au lecteur de deviner de quoi il en retourne, ce qui ajoute au plaisir.
L’anthologie aurait gagné beaucoup à mettre en contexte les œuvres présentées, ne serait-ce qu’en incluant des brefs repères chronologiques pour les situer. Mais les éditeurs ont tout de même pris le soin de définir la littérature oulipienne en ouverture. Sans être une introduction au genre (pour s’initier à l’OuLiPo, le recueil Exercices de styles de Queneau est tout indiqué), cette brique est une belle façon de découvrir l’étendue des possibilités de ces procédés d’écriture.
(Gallimard, collection nrf, Paris, 2009, 910 p.)