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Ça commence par un large portrait, précis et plutôt désespérant. On y apprend comment, au cours des dernières décennies, les trafiquants se sont adaptés aux nouvelles réalités du commerce mondial, ainsi qu’en témoigne cet extrait : «[…] les trafiquants de drogue népalais opèrent en Thaïlande pour le compte de groupes criminels nigérians qui raffinent le produit à Lagos avant de l'exporter vers les États-Unis par Bruxelles ou Francfort dans les bagages d’une Européenne […]». Délirant.
Au gré des saisons et des disponibilités, ces marchands peuvent vendre tout aussi bien des armes, des reins ou des esclaves sexuelles. Accommodants, ils pourront aussi blanchir quelques millions de dollars au passage pour qui en a besoin. Terroristes, petits passeurs, caïds et fonctionnaires corrompus forment un réseau dans un vaste marché où tout est question d’occasions à saisir.
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Au-delà de l'évaluation des dégâts, l’auteur Moisés Naím analyse froidement le travail des acteurs impliqués dans la lutte contre la criminalité. Il rappelle une réalité trop souvent oubliée : la criminalité est engendrée par des motifs d’ordre économique et non moral. Alors si les États souhaitent lutter à armes égales contre les réseaux du commerce illicite, ils doivent choisir leurs combats et leurs méthodes. Par exemple, réduire la demande de marchandises prohibées, notamment les drogues, plutôt que de s’attaquer systématiquement à l’approvisionnement. Ou encore décriminaliser certains des commerces considérés comme illégaux. Enfin, il va de soi qu’il est impossible que chacun joue seul dans son coin : tous les États doivent coopérer. Vaste programme!
(Paris, Grasset, 2007, 398 pages)