
Dans la vraie vie, les histoires d’espionnage ne sont pas toujours aussi glamour qu’au cinéma. Dans le cas de la CIA, son histoire est franchement fascinante, mais pas nécessairement pour les raisons qu’on pourrait imaginer.
En fait, depuis sa naissance à la suite de la Deuxième Guerre mondiale, cette organisation n’en finit plus d’accumuler les catastrophes en plus d’être chroniquement dysfonctionnelle, révèle l’auteur, journaliste au New York Times et spécialiste du renseignement.
D’abord incapable de remplir son mandat, qui consistait à obtenir des renseignements, la CIA s’est rapidement lancée dans les opérations clandestines visant à déstabiliser des régimes dont les visées ne correspondaient pas aux intérêts américains. Problème parmi d’autres, l’organisation ne prenait pas toujours ses ordres du président ou de la hiérarchie politique américaine, mais des lubies de ses propres dirigeants, à commencer par Allen Dulles et Frank Wisner, à la tête de la CIA dans les années 1950.
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Et quand l’organisation répondait au président, ce n’était guère mieux : à propos du Vietnam ou de l’URSS, notamment, on lui a demandé de fabriquer des preuves pour appuyer de prétendues conspirations communistes. Remplacez communistes par terroristes et le saut aux années 2000 se fait allègrement : l’invasion de l’Irak est une copie conforme du désastre vietnamien.
Une seule constante dans l’œuvre de l’agence : en plus d’envoyer régulièrement ses propres agents à l’abattoir, la CIA a causé la mort de milliers de civils et détruit les espoirs de nombreux pays. À cet égard, Legacy of Ashes est un excellent complément à un ouvrage paru il y a quelques années, Killing Hope, une description méthodique des incursions américaines dans la politique d’une soixantaine de pays dans la deuxième moitié du XXe siècle.
Laissons le mot de la fin à l’ancien secrétaire d’État Henry Kissinger, qui commente le renversement, orchestré par la CIA, du président chilien Allende, en 1973 : «Je ne vois pas pourquoi nous laisserions un pays devenir marxiste sous prétexte que son peuple est irresponsable.»
(Doubleday, New York, 2007, 702 p.)