
Depuis son entrée en force dans l’économie de marché, l’Empire du milieu occupe une place grandissante dans l’imaginaire collectif occidental et, vu d’ici, ce pays fascine. Alors qu’il était correspondant en Chine pour le quotidien Le Monde, de 1998 à 2004, Frédéric Bobin a sillonné cet immense territoire pour donner la parole à ceux qui ne l’ont que trop rarement, les gens ordinaires.
Tout en maniant la plume avec élégance, le journaliste s’efface devant ceux qui subissent le «nouveau grand bond en avant» et dresse un portrait nuancé de la Chine populaire qui fait la part belle aux témoignages. Dans la province du Xinjiang, il dévoile les dessous de la colonisation qui vise à désamorcer la quête identitaire du peuple ouïgour, une lutte sans merci qui ressemble à celle qui se déroule au Tibet, mieux connue des Occidentaux. Dans le Chongqing, il partage le désespoir des populations déplacées par le titanesque barrage des Trois Gorges, le plus grand barrage hydroélectrique du monde, dont la mise en service est prévue pour 2009. À Yuanjiayao, dans le Shanxi, il présente un homme qui, bien qu'il souffre d’une pneumonie, ne veut pas mettre les pieds à l’hôpital parce qu’il n’en a pas les moyens. Et dans le Henan, il rencontre les habitants de Houyang, un village quelconque dont la seule particularité est de voir sa population décimée par une épidémie de VIH/sida causée par de désastreuses collectes de sang.
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Malgré l'ampleur des problèmes, le ton n’est ni alarmiste ni misérabiliste. Le journaliste se contente de dépeindre la réalité telle qu’il la voit, sans appuyer inutilement sur le désespoir ambiant. En dépit des drames, ces tranches de vie ouvrent une porte sur l’espoir et donnent envie de mieux connaître cette autre Chine, celle des paysans débrouillards qui pillent la boue séchée de la Grande Muraille pour s’en faire des maisons.
(Éditions Philippe Picquier, Arles, 2007, 286 p.)