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Le journaliste Taras Grescoe raconte son tour du monde à la recherche des plaisirs interdits.

L’auteur et journaliste montréalais Taras Grescoe a erré des champs de coca boliviens aux chaumières norvégiennes, en passant par les ruelles de Singapour, les vallons jurassiens et les bars à tapas de Madrid à la recherche du fruit défendu. Des objets de désir qui, en certains lieux, sont prohibés ou soumis à un contrôle excessif parfois incompréhensible et qu’il a consommés sous forme liquide ou solide.
Le résultat de ce périple, transformé en récit de voyage doublé de la rigueur du reportage journalistique, n’a rien à voir avec le gonzo journalism popularisé par Hunter S. Thompson dans les années 1970. Grescoe a vécu des trips, certes, mais l’essentiel de son propos se concentre sur les effets de la prohibition et les raisons qui poussent certains législateurs à s’abattre sur des substances, leurs producteurs et leurs consommateurs.
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Pensons, par exemple, aux fromages au lait cru, bannis de l’Amérique pour raisons officiellement sanitaires, même si le bœuf engraissé aux hormones vendu sans aucune contrainte est, toutes proportions gardées, dix fois plus meurtrier qu’un époisses dont la maturité s’atteint à l’état de putréfaction. Époisses que l’auteur a d’ailleurs consommé en plein café new-yorkais, après l’avoir «trafiqué» sous le nez des douaniers.
Les audaces de Grescoe, entreprises dans sept pays, en disent beaucoup sur les effets (jouissifs ou non) du cigare cubain, de l’absinthe suisse (nouvellement légale chez les Helvètes), de la feuille de coca (essentielle à la survie en Bolivie, mais diabolisée partout ailleurs dans le monde) ou encore de la gomme à mâcher (interdite sous peine de représailles sévères à Singapour, l’État nounou par excellence).
Mais elles en disent davantage sur les sociétés qui les bannissent ou les contrôlent. «Ce qu’une société finit par stigmatiser en révèle souvent plus sur ses phobies et ses préjugés que sur la malfaisance inhérente à la substance en question», écrit le journaliste. Le tout dans un format de menu en neuf services, raconté dans un récit empreint d’humour et de sarcasme. À table!
(VLB éditeur, Montréal, 2008, 400 p.)