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Temps libre
Hobbys et passions

Les décrocheurs

Se métamorphoser en loup-garou, danser langoureusement jusqu’au petit matin, brasser sa propre broue… Tous les moyens sont bons pour oublier pendant quelques heures la réalité du boulot. Rencontre avec cinq travailleurs passés maîtres dans l’art de «mettre la switch à off».

Par Corinne Fréchette-Lessard
Photos : Louis Perreault


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 9 octobre 2006


«Quand je fais de l’ornithologie, j’entre dans un état second.» — Pierre verville

Pour exercer son métier d’humoriste-imitateur, Pierre Verville scrute politiciens, artistes et autres personnalités publiques. Mais pour se détendre, c’est vers les oiseaux qu’il pointe ses jumelles. «Quand je fais de l’ornithologie, j’entre dans un état second, raconte-t-il. C’est comme lire un roman très prenant, mais c’est plus passif, puisque je peux me permettre de tomber dans la lune!» Du coup, les hérons verts et gros-becs errants chassent les André Boisclair et Stephen Harper de son esprit.

Parce que l’ornithologie est une activité accessible, Pierre Verville peut la pratiquer partout : autour de chez lui, au parc des Îles-de-Boucherville, au Jardin botanique, sur le bord du fleuve. Mais s’il adore le calme des forêts et des marais, son horaire chargé lui laisse peu de temps pour l’observation sur le terrain. Il compense en étudiant beaucoup.

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Chaque fois qu’il en a l’occasion, il consulte des sites Internet et des livres, regarde un DVD ou écoute un disque de chants d’oiseaux tiré de sa collection, qui comprend le chant de près de 5 000 des 10 000 espèces répertoriées sur la planète! «Je n’ai qu’à mettre Birding in Morocco dans le lecteur DVD, par exemple, pour être instantanément transporté dans le désert du Maroc et découvrir les oiseaux de cette région.» Il s’agit d’un des beaux côtés des loisirs scientifiques, conclut-il : «Ça me permet d’apprendre en plus de me détendre.»

En brassant sa bière, Tommy Beauregard aiguise lui aussi son esprit scientifique. Amateur de broue depuis longtemps, son intérêt s’est porté sur le houblon quand il est devenu barman à la microbrasserie Le Réservoir, à Montréal. «Au printemps dernier, j’ai invité les employés à un “brunch brassage” chez moi avec le maître brasseur du bar, qui avait apporté son équipement amateur pour faire une démonstration. J’ai eu la piqûre!»

Depuis, toutes les deux semaines, il prend une journée entière pour brasser une centaine de litres de blonde, de rousse ou de stout sur sa galerie avec deux amis. Une belle occasion de passer du temps «entre chums». Ensuite, pour écouler leur production, qui est prête à boire après 10 jours de fermentation, les 3 compères organisent partys, barbecues et autres festivités. «J’adore offrir ma bière : à Woodstock en Beauce, en juillet dernier, on en a apporté 100 litres (environ 300 bouteilles) et on l’a toute donnée aux festivaliers!»

C’est clairement l’aspect social de l’activité qui séduit Tommy Beauregard, mais c’est la complexité du brassage qui le fait réellement décrocher. «Quand je brasse, je n’ai pas le choix de me concentrer uniquement là-dessus et d’oublier le reste parce que le processus est compliqué et qu’il y a beaucoup de détails à surveiller», affirme-t-il. Heureusement, il peut toujours compter sur les généreux conseils du maître brasseur du bar pour améliorer sa technique.

Par ici la détente

Pour sortir de son train-train, Pascal Côté joue la carte de la sensualité. Trois ou quatre fois par semaine, cet enseignant en droit à l’Université de Sherbrooke et juriste pour une société norvégienne danse le tango jusqu’aux petites heures du matin. Le décrochage est instantané. «Sur le plancher, je n’ai pas le choix de mettre mes soucis professionnels de côté, sinon je danse tout croche!»

Il compare le tango à un dialogue non verbal entre deux complices, mais souligne que les échanges sont tout aussi plaisants en dehors de la piste de danse. «L’ambiance à l’école est agréable et feutrée. J’y rencontre toutes sortes de gens de milieux et de cultures variés. Si je ne suis pas inspiré pour danser, j’ai autant de plaisir à discuter toute la soirée en buvant un porto!»

Le tango offre à l’avocat une grande liberté d’expression. «Dans mon travail, je joue souvent un rôle et défends des convictions qui ne sont pas nécessairement les miennes. Quand je danse, je suis vraiment moi-même», confie-t-il.

Geneviève Vincent, serveuse au KILO café, à Montréal, fait précisément le contraire. En joueuse assidue, elle devient quelqu’un d’autre et entre régulièrement dans la peau de personnages pour jouer à des jeux comme Werewolf et Shadowrun.


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