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À quoi sert le fût de chêne?
«Dans une barrique en fût de chêne – par opposition aux cuves en inox ou en béton –, il y a un léger passage d’oxygène au travers du bois, ce qui stimule l’évolution du vin, explique Cyril Bourgne. Cela assouplit les tanins, les rendra moins astringents et ajoutera aussi de la couleur.» L’autre usage de la barrique est d’aromatiser le vin pour lui donner des notes boisées. Pour ce vigneron, «l’usage abusif du fût de chêne [ou pire, l’ajout de copeaux de bois] est un camouflage qui sert à masquer les défauts d’un vin afin de plaire au consommateur».
Faut-il faire respirer un vin?
On décante certains vins essentiellement pour séparer la lie (les dépôts solides) du liquide. Mais dans le cas des vins jeunes, on peut carafer, ce qui leur fera le plus grand bien. «Allez-y rondement en transvasant un vin jeune, conseille Jessica Harnois. Cela le fera respirer, réveillera ses arômes, assouplira ses tanins.» Inutile d’ouvrir une bouteille à l’avance dans le but de faire respirer le vin. Il entre si peu d’air par le goulot que vous ne verrez pas la différence.
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Servir un bon vin dans un verre à eau, ça se fait?
«Le verre reste un objet de plaisir, dit Jessica Harnois. Par exemple, je trouve que tenir son verre par la coupe est un sacrilège. Non seulement la main réchauffe prématurément le vin, mais les doigts laissent des taches disgracieuses sur le verre. Mais si, pour vous, ça fait plus festif de l’agripper par la coupe, il n’y a aucune raison de vous en priver. Même chose si vous voulez le boire dans un verre à eau, comme le font beaucoup d’Européens.»
La température change-t-elle le goût du vin?
Autant qu’elle modifie celui d’un café. Boiriez-vous le vôtre tiède, à la limite, froid? Par ailleurs, sachez qu’on boit généralement les rouges trop chauds, et les blancs trop froids. Un vin rouge sera meilleur chambré, c’est-à-dire servi autour de 16 ou 18 degrés. Un vin blanc prendra de l’ampleur s’il ne sort pas directement du frigo et qu’il est servi à 10 ou 12 degrés. Pour rafraîchir rapidement un vin jeune : au congélateur, tout simplement! Les vins plus âgés ne supportent pas les grands écarts de température.
Comment conserver une bouteille entamée?
Au frigo pour un maximum de cinq jours. Idéalement, en aspirant l’air de la bouteille avec une pompe et en la rebouchant avec un bouchon en caoutchouc, ou le bouchon d’origine s’il est en bon état. Encore mieux : en transvasant le vin dans une bouteille de plus petit format. On peut aussi utiliser un produit gazeux nommé Private Reserve, qui empêchera le vin de s’oxyder au contact de l’air.
Mariages gais?
Les accords vins et mets, c’est comme un couple. «Trouver la personne de sa vie, c’est assez rare, croit Jessica Harnois. C’est la même chose pour le vin : plusieurs associations sont correctes, mais deux ou trois seront inoubliables.» Et si l’on veut tenter l’union parfaite? «On décompose les ingrédients et on cherche le meilleur accompagnement de goût et de texture.»
Qu’on se le dise : vous n’avilirez pas un bon bordeaux en l’accompagnant de Chef Boyardee. Sauf qu’il sera vachement meilleur avec une bavette saignante ou un carré d’agneau!
Qu’est-ce qu’on boit avec…
Un pâté chinois classique
Jessica : «Un blanc du Sud de la France, comme un Lou Coucardié [appellation costières-de-nîmes]. Ou encore, un rouge très comfort food, comme un Condado de Haza [Espagne, appellation ribera-del-duero].»
Frédéric : «Un chardonnay américain, pour aller chercher un côté boisé, mais aussi beurré, un peu popcorn.»
Une pizza all-dressed
Jessica : «Un bordeaux générique, comme un côtes-de-castillon.»
Frédéric : «Un cabernet-sauvignon. Ou bien un vin du Sud-Ouest, comme un bergerac ou un côtes-du-frontonnais.»
Une poutine
Jessica : «Un Coke. N’importe quel vin est dégueulasse avec la poutine!»
Frédéric : «Je me risque : un rouge italien léger et pétillant, comme un barbera d’Alba frisante!»
Un ragoût de boulettes
Jessica : «Un vin du Sud-Ouest de la France à base de syrah, grenache, mourvèdre.»
Frédéric : «Pour amener une fraîcheur, un beaujolais sur le fruit, comme un morgon qui aurait évolué quatre ou cinq ans.»
Une tourtière
Jessica : «Un côtes-du-rhône. Mais je serais curieuse d’essayer un blanc minéral, comme un pinot gris, surtout si la pâte est fine et texturée.»
Frédéric : «Allez : un bon bourgogne de quatre ou cinq ans. Pourquoi pas un nuits-saint-georges?»
Un poulet BBQ
Jessica : «Un shiraz australien ou un pinot noir de Nouvelle-Zélande, car il ne faut pas tuer le goût délicat du poulet, mais il faut aussi appuyer les épices barbecue.»
Frédéric : «Un malvoisie [cépage] du Languedoc, pour amener du fruité dans le piquant des épices barbecue.»
Frédéric Gauthier est sommelier au restaurant L’Utopie, à Québec, et Jessica Harnois est sommelière au restaurant Le Globe, à Montréal.