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De Passe-Partout en DVD à Sylvain Cossette qui cartonne avec son spectacle 70s en passant par le succès de la chanson Dégénérations du groupe Mes Aïeux, la nostalgie a la cote. À quoi rime cet engouement pour le passé?

par Amélie Tendland


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 5 Mai 2008


Au premier coup d’œil, rien ne distingue la collection de vinyles de Simon Lambert de celle d’un autre mélomane. Une observation plus soutenue révèle pourtant un détail important : aucun de ses 1 200 albums n’a été enregistré après 1989.

Le fromager de 31 ans ne jure que par le New Wave, un genre musical qui a connu ses heures de gloire dans les années 1980 et qui marie l’irrévérence du punk à une pop électronique et stylisée. Pour Simon, rien, musicalement, n’égale le New Wave. «J’ai tout de même l’esprit ouvert, s’empresse-t-il de préciser. Si un album sortait demain et venait me chercher, je ne m’empêcherais pas de l’acheter parce qu’il est nouveau.» Une occurrence somme toute peu fréquente. Curieusement, il hésite à se qualifier de nostalgique, une épithète qu’il associe à un culte du passé.

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Pourtant, la nostalgie n’est pas de facto passéiste et ringarde. Cette émotion paradoxale («le plaisir d’avoir de la peine», dans les mots de Luc Dupont, professeur au Département de communication de l’Université d’Ottawa) est normale et a parfois du bon.

La nostalgie consiste à idéaliser les moments heureux du passé et à s’en faire un barème pour le présent, explique Jacques Mathieu, professeur d’histoire à l’Université Laval.

Ainsi, le nostalgique sélectionne certains aspects d’époques révolues (des valeurs, un style musical, une coupe de cheveux) afin de se définir aujourd’hui. «Dans cette perspective, la nostalgie participe au processus identitaire de chacun, les individus comme les sociétés», soutient-il.

Ce qui n’empêche pas que, dans la tête de plusieurs, la nostalgie a une connotation négative et rime avec refus d’aller de l’avant.

Un hit, c’est un hit

Au Cabaret La Tulipe où le succès des soirées Pop 80 et Pop 90 ne démord pas (la première roule depuis cinq ans tandis que la seconde est née l’automne dernier), on se défend bien de verser dans la nostalgie. «Nous n’avons absolument pas créé ces soirées dans un esprit de nostalgie, mais avec l’idée de faire rejouer de bonnes chansons», explique Marie-Christine Champagne, vice-présidente de la Compagnie Larivée Cabot Champagne, propriétaire du Cabaret, ainsi que des salles Le National et Le Gymnase. «Plusieurs viennent à ces soirées, et le lendemain, à l’un de nos spectacles d’un groupe tout à fait nouveau. Avec nos salles, on voit bien que la vieille et la nouvelle musique peuvent parfaitement coexister», assure-t-elle. La preuve que s’intéresser au passé n’exige pas de se couper du présent.

Même son de cloche du côté de Radio Boomer, une station consacrée aux succès des années 1950, 1960 et 1970, où Luc Camerlain, vice-président des opérations et du marketing, évite aussi le mot nostalgie. «C’est le pire terme à utiliser en marketing, car il évoque la tristesse, la vieillesse, les mauvais souvenirs plutôt que la joie», soutient-il.

C’est d’ailleurs ce qui a poussé la station à se départir de son nom initial, Radio Nostalgie…

On nage donc en pleine nostalgie, tout en évitant soigneusement d’utiliser le terme. «C’est le syndrome Wal-Mart, ironise Luc Dupont de l’Université d’Ottawa. Personne n’y va, mais le stationnement est toujours plein!»



Souffrir de nostalgie

Les grands nostalgiques peuvent se compter chanceux de ne pas avoir vécu il y a deux siècles. Car à cette époque, c’est d’une névrose qu’ils auraient été atteints, rien de moins!

En effet, jusqu’au XIXe siècle, la nostalgie était considérée comme une maladie mentale. Issu des mots grecs notos (retour) et algos (douleur), le terme est d’abord médical; il désigne le mal du pays dont souffrent les soldats européens exilés pour de trop longues périodes.

Au XIXe siècle, avec le romantisme (courant artistique caractérisé notamment par la mélancolie) et des écrivains tels Gérard de Nerval et Marcel Proust, la nostalgie entre dans la littérature et la philosophie et devient un sentiment. Le terme signifie dès lors une douleur causée non plus uniquement par l’éloignement géographique, mais également par le regret d’une époque révolue.


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