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Sous les 5 étoiles

L’époque de la tente en jute enrageante à monter, du sac de couchage humide et de la gamelle en fonte est bien révolue. Le camping est mort… vive le glamping!

par Marie-Noëlle Guillemette


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 6
juin-juillet 2008


Baden-Powell, le fondateur du scoutisme, se retournerait dix fois dans sa tombe s’il voyait ce qu’est devenu le camping au troisième millénaire. Le loisir modeste et économique au cœur du mouvement scout, et autrefois associé aux granos et aux cassés, n’a plus rien de minimaliste.

Sofa gonflable, toilette et génératrice portatives, urinette pour femmes (petit entonnoir de plastique qui permet à la gente féminine de «le faire debout comme les garçons»), coupe à martini en acier inoxydable, machine à expresso miniature, tente avec niche intégrée, alouette!


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C’est clair, le camping est mort, place au glamping (une contraction des mots glamour et camping) comme la tendance a été judicieusement baptisée par les médias anglo-saxons.

«Avant, on disait “je n’ai pas d’argent cette année, je vais faire du camping”», se souvient Danielle Paquin, PDG de Camping Québec, une association qui représente les exploitants de terrains de camping de la province. «Aujourd’hui, le camping est très prisé par toutes les classes sociales.»

Ainsi, en 2007, près de un demi-million de Québécois ont trouvé un petit lopin de terre pour planter leur tente ou garer leur VR (véhicule récréatif). Parmi eux, des cols bleus et des cols blancs, des granos et des technos, des matantes et des sportifs extrêmes.

«On s’intéresse encore au camping conventionnel, mais le camping de luxe a gagné en popularité, avance Claudine Barry, analyste au Réseau de veille de la Chaire de tourisme Transat de l’UQAM. Les gens veulent vivre des expériences qui les ramènent aux sources sans se priver de confort, d’un lit douillet et de bonne cuisine.»

Elle attribue ce désir à une sorte de démocratisation du luxe. «La population fortunée est en croissance et la notion de luxe a pris de l’expansion», explique-t-elle. Ainsi, non seulement les gens riches sont de plus en plus nombreux (le pourcentage de Canadiens gagnant au-delà de 100 000 $ par année – en dollars constants – a doublé depuis 1980), mais le luxe ne leur est plus exclusif.

Poids plume, poids lourd

Le chic gagne du terrain, mais chacun en a sa propre définition, qu’il soit adepte de trekking, campeur de voiture ou caravanier.

Pour le randonneur high-tech, qui fait rimer camping avec défi sportif et communion avec la nature, la dentelle c’est un matelas autogonflable et un réchaud en titane capable d’amener l’eau à ébullition en deux minutes, le tout ultraléger. «Même la nourriture lyophilisée est rendue fancy. Imaginez : du bœuf Stroganoff et de la crème glacée en sachets!» s’étonne Martin Long, responsable du rayon du camping chez Mountain Equipment Co-op à Québec.

Selon Pierre Nadeau, directeur du magasin Atmosphère Sports-Plein Air, à Sainte-Foy, et passionné d’expéditions quatre saisons, ces caprices se justifient parfaitement. «Ceux qui font du cocooning en forêt, c’est-à-dire qui montent la tente à côté de la voiture, nous trouvent complètement fous de dépenser pour de tels gadgets. Sauf que, pour partir plusieurs jours en canot-camping ou marcher des heures dans le bois dans des conditions difficiles, cet équipement n’est pas un luxe, mais une nécessité.»

Aucun doute, en effet, qu’après une journée de randonnée, une tente facile à monter, un brûleur efficace et des vêtements légers s’avèrent grandement appréciés.

À voir ce que trimbale le campeur de voiture, force est de constater que la nécessité est bien relative. «Je ne pars jamais sans mon gros matelas d’une tonne et ma bouteille de vin. J’ai même déjà apporté mon diable pour transporter mon stock!» avoue Étienne Fortin, conseiller technique chez GSI Environnement. Pour lui, le camping s’approche davantage du festin en nature et entre amis que de l’expédition. Peu importe le poids, tant que ça rentre dans la voiture et que le party lève! «J’aime me sentir dans le bois, mais ne manquer de rien, résume-t-il. Et puis je veux me reposer. Pas question d’arriver au boulot brûlé le lundi matin parce que j’ai mal dormi ou marché pendant des heures.»

Hélène Huot, agente d’information au Directeur général des élections du Québec, voyage tout aussi chargée. «La dernière fois que j’ai campé avec des amis, j’ai trimbalé un barbecue dans le pick-up pour faire griller nos homards! Je ne fais pas du camping pour repousser mes limites. Par contre, je n’irais pas en caravane sur un terrain où tout le monde est cordé. Je préfère mon camping sauvage de luxe.»


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