Trouver un article
Lassé des laminages des Tournesols de Van Gogh et des affiches de films de Tarantino? Habiller ses murs de créations originales est plus accessible qu’on le croit. Acheter une œuvre d’art, mode d’emploi.

Nul besoin d’être millionnaire ou d’être diplômé en histoire de l’art pour cogner à la porte des artistes.
À 26 ans, avec son maigre salaire de pigiste pour des organismes culturels et aucunes économies, Danièle Racine n’avait pas tout à fait le profil d’une acheteuse d’art. «Mais j’ai eu un coup de cœur... payé en 10 versements de 120 $», se souvient aujourd’hui cette agente de développement culturel pour la Ville de Montréal.
Sa grande toile de Richard Deschênes (un artiste renommé, originaire du Lac-Saint-Jean) a pris beaucoup de place, tant dans son budget que dans son petit 3 1/2 du Plateau-Mont-Royal. Mais 15 ans plus tard, et avec quelques mètres carrés de plus à son intérieur, elle en est toujours aussi entichée!
| Pub. |
Idem pour Alain Tremblay. Il y a 13 ans, ce fan de sport aurait pris les maîtres de l’abstraction Kandinsky et Malevitch pour d’obscurs hockeyeurs russes. L’achat de sa première toile, d’un artiste de Charlevoix, a tout changé. Aujourd’hui, la taille de sa collection (101 œuvres bien comptées) dépasse largement la surface des murs dont il dispose pour l’accrocher.
Alain Tremblay n’a rien du philanthrope millionnaire : il est enseignant au secondaire!
Si l’audace de l’art contemporain n’indispose pas ces collectionneurs aguerris, beaucoup se sentent déstabilisés à son contact. «C’est épeurant lorsqu’on n’a pas de repères», concède Yannick Tremblay, fonctionnaire à l’Hôpital Sainte-Justine, et heureux propriétaire d’une trentaine d’œuvres, dont une toile carrée d’un blanc immaculé. Juste ça. «La première œuvre est la plus difficile à acheter. Mais au fur et à mesure qu’on s’intéresse à la création, les repères apparaissent et les craintes s’envolent», rassure-t-il.
De l’avis de tous les amateurs et professionnels consultés, pour faire le grand saut, l’idéal est de trouver une pièce coup de cœur. «C’est étonnant le nombre de gens qui achètent des œuvres parce qu’elles correspondent à l’image qu’ils se font de l’art contemporain ou parce que les autres semblent l’apprécier», regrette Lisa Hunter, journaliste new-yorkaise aujourd’hui installée à Montréal et auteure d’un guide sur l’acquisition d’œuvres pour les néophytes, The Intrepid Art Collector. «Or, c’est la meilleure façon de passer à côté de l’objectif premier d’acheter de l’art, soit de vivre avec un objet qu’on aime.»
Une clé pour le non-initié : apprécier sans chercher à comprendre l’œuvre à tout prix.
Mieux vaut aussi éviter de choisir une œuvre agencée à son mobilier. «Une belle œuvre s’intègre n’importe où», lance Simon Blais, propriétaire de la galerie du même nom, à Montréal.
Des créations originales se vendent un peu partout – même dans les cafés et les bars – et tous les endroits sont bons pour dénicher une pièce à son goût. Mais pour faire des choix éclairés, les galeries, dont le rôle est de séparer le bon grain de l’ivraie, sont tout indiquées.
Grégory Kunz, directeur des communications à l’Association des galeries d’art contemporain, encourage le public à percer la façade, parfois froide, de ces endroits. «Au fond, visiter les galeries, c’est un peu comme visiter un musée sans payer de prix d’entrée», défend-il.
«Il faut que les visiteurs cessent de croire qu’ils nous dérangent. Je ne suis jamais fâchée de passer du temps avec eux, même s’ils n’achètent rien», renchérit Catherine Orer, bras droit du galeriste Simon Blais.
Les centres d’artistes autogérés au Québec, une soixantaine d’organismes sans but lucratif gérés par des artistes qui visent à diffuser et promouvoir l’art contemporain, sont aussi un bon endroit où faire des découvertes. Contrairement aux galeries, ces centres n’affichent pas de prix de vente, mais la plupart des œuvres exposées peuvent être achetées. Il suffit d’entrer en contact avec l’artiste pour procéder à une transaction.
Pour se donner la chance de craquer pour une œuvre, l’idéal est d’en voir beaucoup et de prendre son temps.