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Terminée, l’époque où on savourait une Laurentide «tablette» et arrosait un copieux repas d’une bouteille de Baby Duck. Dans les deux dernières décennies, le Québec a développé une véritable expertise dans le domaine des alcools du terroir. Fidèles à notre réputation de bons vivants, les nous sommes maintenant maîtres dans l’art de produire cidres, bières, vins et autres liqueurs. Des produits qui, à l’approche du temps des fêtes, se glissent aussi bien sous le sapin que sur les tables. Balade sur la route des alcools de chez nous.

Il y a plus de 500 ans, Jacques Cartier remarquait la présence de raisins à l’état sauvage sur ce qu’on appelle aujourd’hui l’île d’Orléans. Il a toutefois fallu attendre les années 1970 pour qu’on cultive enfin la vigne au Québec. Aujourd’hui, une soixantaine de vignobles sont implantés, un nombre qui grossit chaque année. Si bien qu’à la Route des vins, un circuit touristique créé en 2003 et qui sillonne les Cantons-de-l’Est, s’est nouvellement ajoutée la Route des vins du Sud-Ouest, en Montérégie.
La viticulture est donc en pleine expansion. Un miracle, surtout aux yeux de ceux qui doutaient de la capacité de la vigne à survivre à nos hivers rigoureux. Mais en misant sur des cépages résistants au froid, emmitouflés sous des buttes de terre pendant l’hiver, les vignerons d’ici arrivent à produire deux millions de bouteilles par année, majoritairement des blancs, mais aussi des rouges et quelques rosés.
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«Le climat d’ici réduit la possibilité pour les vignes de prendre de l’âge et de développer une plus grande concentration de sucre», explique Xavier Burini, sommelier et copropriétaire du bistro-cave à vins Les Trois Petits Bouchons, à Montréal. «On ne trouvera jamais des vignes centenaires au Québec comme celles du Roussillon, en France. Les rouges québécois sont donc des vins de soif, vifs et rafraîchissants. Notre terroir convient mieux aux blancs. La palette des arômes est plus développée de ce côté. Comme notre climat ressemble à celui de la Champagne, je dirais même que l’avenir est aux bulles.»
Climat nordique oblige, une dizaine de producteurs donnent dans le vin de glace, un vin blanc liquoreux qui s’obtient à partir de raisins gelés récoltés sur la vigne à des froids intenses. Line et Jean Joly, du Vignoble du Marathonien, situé à Havelock, en Montérégie, sont les premiers Québécois à avoir produit ce type d’alcool, très prisé pendant le temps des fêtes. Depuis 1994, leur vin de glace a remporté de nombreux prix, dont la médaille Grand Or des Sélections mondiales des vins — Canada 2007, le plus grand concours international de vins en Amérique du Nord.
Les restaurateurs sont de plus en plus nombreux à faire une place aux vins québécois sur leurs cartes, qui sont servis dans les endroits aussi prestigieux que le Toqué! et le Club Chasse et Pêche. À l’heure actuelle, leur chouchou est le vignoble Les Pervenches, à Farnham, dans les Cantons-de-l’Est. Non seulement Michael Marler, le propriétaire, est l’unique producteur de chardonnay au Québec, mais il est aussi un des seuls à bichonner ses raisins de façon biologique. Ses vins se trouvent sur une vingtaine des meilleures tables et quand Xavier Burini les fait déguster à l’aveugle, ils sont régulièrement mépris pour des crus français.
Malgré son élan, la viticulture locale souffre d’un problème de distribution. «Le Québec traîne de la patte par rapport aux autres provinces canadiennes où les vins locaux sont à l’avant-plan», se désole Charles-Henri de Coussergues, responsable du Vignoble L’Orpailleur et président de l’Association des vignerons du Québec. «Presque toutes les 180 millions de bouteilles de vin vendues chaque année au Québec proviennent de l’étranger. Je me vois obligé d’exporter mes produits pour écouler ma marchandise et ça me fait mal au cœur.» Il aimerait voir les taxes diminuées sur les produits locaux pour permettre aux viticulteurs québécois la mise en marché de leurs produits à des prix compétitifs sur les tablettes de la SAQ, et ainsi inciter les Québécois à en consommer davantage.
Jusque dans les années 1990, la bière était l’alcool de prédilection des Québécois. Elle s’est fait damer le pion par le vin depuis, mais l’industrie brassicole n’a jamais été aussi dynamique, comme en témoigne l’existence de quelque 25 microbrasseurs qui embouteillent environ 185 variétés de bières.
Sur le plan de la production, quelques innovations font des vagues : le brasseur madelinot À l’abri de la tempête, par exemple, est le premier à transformer lui-même son orge (récoltée dans la région) en malt. Aussi, de plus en plus de microbrasseurs s’approvisionnent à la malterie Frontenac, située à Thetford Mines, au lieu d’acheter le malt déjà torréfié à de grandes compagnies canadiennes ou américaines. Dans les Cantons-de-l’Est, les Brasseurs du Hameau ont un projet en chantier, celui de fabriquer leurs propres souches de levure, l’ingrédient qui donne à la bière sa saveur et ses principales caractéristiques. D’autres producteurs québécois ont commencé à cultiver le houblon, présentement en pénurie mondiale.
Les plus enthousiastes surnomment le Québec la «P’tite Belgique».
À l’épicerie Les délires du terroir, située sur la Plaza St-Hubert à Montréal, les bières locales sont à l’honneur. Depuis cinq ans, son propriétaire Sylfranc Côté assiste à une réelle explosion de petits brasseurs, qui grugent des parts de marché aux plus gros.
Le drink du temps des fêtes 2008
Philippe Haman, du bar La Distillerie
Vin chaud à la québécoise
• 1 bouteille de vin rouge
• 120 ml de brandy du Vignoble de l’Orpailleur de pomme Michel Jodoin
• 2 bâtons de cannelle
• 3 clous de girofle
• 1 pincée de muscade
• 500 ml d’eau
• 5 ml de gingembre
• Le zeste et le jus d’un citron frais haché et d’une orange
• 120 ml de sirop d’érable
Versez tous les ingrédients, sauf le sirop d’érable, dans une casserole et portez à ébullition. Baissez le feu au minimum et laissez frémir une heure. Ajoutez le sirop d’érable et remuez. Servez chaud dans des tasses. Savourez.