Temps libre

La clé de la liberté

Le travail vu par une fille qui ne travaille pas

Une chronique d’Annick Poitras (en sabbatique)


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 10
novembre-décembre 2008


Les grands changements naissent souvent dans les petits vents. Pour moi, tout a commencé par une voix intérieure que j’entendais parfois quand je flânais au lit ou au cours d’une promenade en solitaire. C’était une voix amicale, à qui on a naturellement envie de faire confiance, comme à une intuition. Elle me disait simplement : il va falloir que tu partes.

Pourtant, je n’avais alors aucune envie particulière de voyage. Je bossais avec enthousiasme. Ma vie n’exigeait aucun remue-ménage. C’était en fait le calme plat, un genre de statu quo heureux. Au fil des mois, cet appel s’est fait néanmoins de plus en plus fort et ne m’a plus lâchée d’une semelle. Je me suis finalement rendue à l’évidence : j’allais devoir prendre une année sabbatique à l’étranger. Un an sans travailler? Ma foi, quelle folle idée!

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En effet, cela m’a d’abord paru ridicule et impossible. Quelques milliers de dollars pesaient alors sur mes cartes de crédit et je n’avais aucunes économies. Comme le commun des travailleurs, je courais sans cesse après mon argent, me demandant où il pouvait bien s’être envolé quelques jours seulement après la paie. Je ne voyais pas comment je pourrais me passer d’un revenu régulier pendant douze mois sans me muer un jour en sans-abri! Pourtant, j’avais le sentiment qu’il fallait au moins tenter le coup.

J’ai donc parié que ça allait fonctionner en misant tout sur l’unique moyen d’arriver à mes fins dans la vie : l’action. J’ai fait un pas, puis un autre, et j’ai vite été étonnée du chemin parcouru. L’action entraîne toujours une réaction; une fois la roue enclenchée, elle peut se mettre à tourner du bon côté!

Donc, à ceux qui m’ont posé la question et aux autres qui se la posent, j’affirme qu’il n’y a pas 36 solutions pour financièrement se permettre une année sabbatique. Ma réponse vous semblera probablement des plus ennuyeuses, mais c’est la seule que je connaisse : pour y arriver, il faut simplement continuer à travailler! À la différence près que l’on travaille avec une motivation supplémentaire afin de bientôt profiter réellement de chaque sou durement gagné.

Il faut en effet se réjouir d’avoir un emploi et tirer parti du salaire qui nous est maintenant versé pour bâtir son futur fonds de roulement. Mais il faut avant tout changer son karma financier et se libérer de ses dettes de consommation. Une personne endettée n’est au fond jamais libre et c’est justement ce qu’on cherche à devenir en prenant une année sabbatique : libre!

Ensuite, il faut minimiser les dépenses courantes. Couper dans le gras et freiner ce réflexe d’acheter des choses non essentielles afin de mettre de côté le plus d’argent possible. Croyez-moi, chaque dollar qui échappe au cercle vicieux de la consommation prend une grande valeur quand on n’a plus aucune entrée d’argent.

Finalement, on doit établir quelle proportion substantielle de ses paies peut être virée systématiquement dans un compte auquel on ne peut accéder sans y avoir préalablement réfléchi. Banques et conseillers financiers sont heureux de nous guider en ce sens.

Il suffit ensuite de vivre selon son nouveau budget, d’avoir confiance en son projet et d’être patient. La période durant laquelle on doit ainsi se discipliner sur le plan monétaire dépend des revenus et des obligations financières de chacun. Pour ma part, il a fallu de quinze à vingt mois pour que je n’aie plus de dettes et que mes avoirs sonnants suffisent à financer mon projet, soit un grand voyage à petit budget. Mais il y a autant de rêves que d’individus; à vous d’évaluer le prix du vôtre et de le planifier en conséquence. Le temps c’est de l’argent, qu’ils disent. Et ils ont raison!

Au Québec comme ailleurs en Occident, la majorité des travailleurs gagne plus qu’il n’en faut pour satisfaire aux besoins fondamentaux : se loger, se nourrir, se vêtir… Injustement, ce n’est pas le cas partout sur la planète. Dans plusieurs pays d’Asie et d’Afrique, il se peut qu’un salaire maximum subvienne à peine au minimum.

Nous avons une chance inouïe de pouvoir travailler pour autre chose que notre survie. Cela fait de nous des êtres riches et aussi, si nous le voulons, des êtres libres.

Donc, aussi paradoxal que cela puisse être, le travail est l’ultime clé de notre liberté. Voilà peut-être de quoi se faire un nouveau mantra du lundi matin!
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Résultats



Québec

37,5 %


Situation de l'emploi :
Défavorable

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