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L’humoriste Marc Boilard, responsable du développement des affaires et des contenus du site de rencontre Monclasseur.com, affirme qu’il n’y a pas d’avenir pour les sites spécialisés au Québec. Même si le sien connaît du succès avec 30 000 membres actifs.
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En cinq ans d’activité, son site s’est creusé une niche au sein d’une clientèle jeune et majeure, à 90 % sous la barre des 36 ans. «On ne visait pas à faire un site spécialisé, mais un site différent, explique-t-il. On a créé le seul site de rencontre drôle et irrévérencieux au Québec : les filles sont les boss, les gars leur font des demandes d’entrevue et leurs dossiers peuvent être déchiquetés! Ce style a fait en sorte d’attirer une clientèle jeune pour qui l’enjeu d’une rencontre n’est pas aussi grand que pour quelqu’un de 47 ans, divorcé, trois enfants… Mais sur le plan des affaires, on ne pourra jamais être aussi hot qu’un grand site généraliste.»
Parce qu’ils représentent une manne démographique formée de gens nantis disposant de temps pour naviguer, les boomers pourraient d’ailleurs assurer l’avenir des sites de rencontre. C’est ce que croient plusieurs acteurs du secteur, de même que Mathieu Laberge, économiste et chef de projet au CIRANO (un centre interuniversitaire de recherche), qui a analysé en 2008 le marché des relations amoureuses en ligne pour l’Institut économique de Montréal. L’âge est d’ailleurs la seule segmentation possible pour maintenir un site viable au Québec. «Un site Web est une entreprise : il doit être rentable!»
Beaucoup n’arrivent justement jamais à atteindre la rentabilité. Selon Joe Tracy, de deux à cinq nouveaux sites de drague naissent tous les jours dans le monde. Qu’ils soient spécialisés ou non, 99 % disparaîtront en moins de deux ans, selon l’estimation de son équipe.
Qu’on y soit pour les affaires ou pour l’amour, dans l’univers des rencontres en ligne, ça passe ou ça casse… et malheureusement, ça casse le plus souvent.
L’effet Facebook
Le bassin des amis des réseaux sociaux menacerait-il la survie des sites de rencontre? «Aux États-Unis, les réseaux comme Facebook et
MySpace ont fait mal : ils ont volé de 10 à 15 % de la clientèle des sites de rencontre», avance Joe Tracy, éditeur de Online Dating Magazine.
Au Québec, personne n’ose quantifier les dommages, mais il semble y avoir eu plus de peur que de mal. «Nous observons une légère baisse de fréquentation depuis quelques années, mais on s’attendait à pire, dit Nathalie Jacob, chef de projet pour RéseauContact. Les gens aiment pouvoir garder l’anonymat sur Internet; dans ce contexte, il y a toujours une place pour les sites de dating. Et chez nous, tous les célibataires ont pour but de rencontrer, ce qui n’est pas le cas sur Facebook.»
Curieusement, la menace Facebook serait plutôt devenue une forme d’alliée : plusieurs sites de rencontre québécois et américains y font de la publicité qui a des retombées positives. «C’est le placement publicitaire qui semble le mieux marcher jusqu’à présent», note Mathieu Corbeil, fondateur de Amicalien.com.
«À long terme, l’effet Facebook sera extraordinaire! dit pour sa part Marc Boilard. Ce site réussit à faire socialiser des gens qui autrement ne l’auraient jamais fait; il exorcise la peur d’Internet. Si ces gens se retrouvent célibataires un jour, ils n’hésiteront pas à essayer les sites de rencontre.»