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Un simple coup d’œil aux rayons toujours plus grands des vitamines et des suppléments d’une pharmacie le confirme : les produits de santé naturels ont la cote. Beaucoup sont à base de plantes parfois enracinées pas plus loin que sur votre pelouse!

Samedi après-midi dans une herboristerie bondée de la rue Saint-Denis, à Montréal, plusieurs clients attendent pour questionner les conseillers : un couple à la poussette à la recherche de conseils pour atténuer les coliques du petit, un homme qui désire soulager ses rages de sucre, une jeune retraitée qui s’informe sur les vertus de la mélisse.
Pas de hippie ou d’amateur de verveine à lunettes rondes à l’horizon. Tant pis pour les clichés!
«Consommer des plantes médicinales n’a rien du fanatisme grano», assure Anny Schneider, auteure de plusieurs ouvrages sur les plantes médicinales.
«Même que pour 7 personnes sur 10 sur la planète [selon l’Organisation mondiale de la Santé], c’est une question de survie.»
Au Canada, la proportion de gens ayant eu recours au moins une fois aux plantes médicinales a presque doublé en huit ans, passant de 15 % en 1996 à près de 26 % en 2004, selon l’Association canadienne de l’industrie des médicaments en vente libre.
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«Un nombre grandissant de patients demandent à leur pharmacien une solution de rechange aux médicaments prescrits, confirme le pharmacien consultant Jean-Yves Dionne. Ce sont surtout des gens scolarisés, qui cherchent à traiter eux-mêmes leurs maux quotidiens comme les migraines, les diarrhées, les infections ou les inflammations avec des produits de santé naturels en vente libre.»
De notre côté de l’océan, en 1535, près du quart de l’équipage de Jacques Cartier a succombé au scorbut avant que les Iroquois ne lui apprennent à préparer des décoctions de cèdre blanc, qui ont permis au reste des troupes de survivre à leur premier hiver en sol américain.
«Il y a un siècle, quand la neige empêchait de se rendre chez un médecin, on allait voir la soigneuse du coin. C’était souvent des sages-femmes, qui cueillaient les plantes et les transformaient pour les utiliser toute l’année», raconte Anny Schneider.
Les progrès de la science ont depuis éloigné les souffrants de la pharmacopée végétale au profit des pilules et des p’tites granules.
Pour profiter de leurs bienfaits, on peut préparer les herbes médicinales en infusions, en décoctions (obtenues en portant à ébullition la plante et de l’eau froide) ou encore en teintures (concentrés liquides de plantes conservés dans l’alcool). Pour usage externe, elles peuvent aussi être macérées dans l’huile ou transformées en onguents ou en compresses. Et attention : «une plante n’a pas les mêmes effets sur le corps selon la façon de l’utiliser», prévient Catherine Lagacé, herboriste à la Clef des Champs, une herboristerie située à Val-David, dans les Laurentides.
Ainsi, on peut appliquer une décoction de souci sur la peau pour sou- lager les irritations cutanées, et ingérer quelques gouttes de teinture tirée de la même plante pour calmer les douleurs menstruelles.
Depuis 2004, les fabricants doivent fournir à Santé Canada des renseignements précis avant de commercialiser un produit de santé naturel (ingrédients actifs, posologie, effets reconnus sur la santé, etc.), ce qui facilite le choix des consommateurs et limite les possibilités de charlatanisme.
Reste qu’avec 40 000 produits en circulation au Canada, une visite au rayon des produits de santé naturels se révèle parfois une expérience étourdissante. Pour s’y retrouver, les consommateurs peuvent se tourner vers des sites comme PasseportSanté.net, une précieuse mine d’informations qui répertorie des maux de toutes sortes avec leurs remèdes, issus de la médecine conventionnelle ou des approches complémentaires (les plantes médicinales, mais aussi la médecine chinoise et une panoplie de thérapies comme l’ostéopathie ou l’homéopathie).
Les spécialistes fournissent également de judicieux conseils. «Les herboristes sont souvent les mieux placés pour nous aider à soigner des problèmes de santé simples, ajoute Jean-Yves Dionne. Mais en tant que pharmacien, je n’ai pas le droit de les recommander, car ils ne font partie d’aucun ordre professionnel. Les pharmaciens eux-mêmes ne sont que sommairement formés sur les produits de santé naturels, à moins d’avoir un intérêt personnel pour la chose», continue-t-il.
Néanmoins, près d’un Canadien sur deux combine sa médication régulière avec des produits de santé naturels, y compris les herbes médicinales, selon une étude réalisée par l’Université de Toronto en 2008. Pour Jean-Yves Dionne, il s’agit d’une statistique inquiétante. «Les patients doivent informer leur médecin traitant de la prise d’herbes médicinales, mais certains ne le font pas, par peur d’être jugés.» Il recommande d’inscrire tous les produits consommés au dossier de sa pharmacie pour ne courir aucun risque inutile.
«Mais les plantes nous ont soignés pendant des milliers d’années et ce n’est pas vrai qu’on mourait de la première maladie qui passait», rappelle le pharmacien. En prenant les précautions qui s’imposent, on peut veiller à sa santé en lorgnant… son jardin!