Chercher l’amour sur la toile n’est pas toujours sans heurt pour l’ego et le cœur. Analyse d’une psy.

«De nos jours, être célibataire, c’est tabou. Et l’être longtemps, c’est suspect. C’est entre autres ce qui favorise la multiplication des rencontres amoureuses sur Internet», explique Marika Jauron, psychologue, qui fait une thèse de doctorat sur ce sujet à l’UQAM.
Les rencontres virtuelles sont en effet nombreuses. Mais concluantes? Pas plus souvent que celles que l’on fait dans la vraie vie. «Selon mes recherches, les couples ne se forment pas plus facilement par Internet que par les moyens de drague traditionnels; le taux de succès est à peu près le même. Internet donne toutefois l’illusion que les chances de trouver l’amour sont meilleures qu’ailleurs parce qu’on y rencontre plus de gens. Mais ça ne marche pas nécessairement mieux!», poursuit-elle.
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La psychologue remarque aussi qu’à long terme, il serait moins satisfaisant de chercher l’amour sur Internet que dans un bon vieux cruising bar, par exemple. «Les sites vendent le rêve de rencontrer l’âme sœur et les gens y croient, ils ont de l’espoir. Au début, ils sont emballés par leur expérience sur le site. Mais plus ils font des rencontres infructueuses, plus c’est désillusionnant et décevant. C’est facile de prendre l’échec personnel et à la longue, ça peut être dévastateur pour l’estime de soi.»
C’est que la drague virtuelle n’est pas toujours douce pour les ego. Mettant en lice des centaines de personnes d’un même groupe d’âge, la compétition y est forte, de même que les risques de se faire jeter maintes fois à la corbeille. «Il y a une forme de magasinage plus ou moins malsain sur ces sites : on rencontre facilement, mais on rejette aussi les gens facilement, explique Marika Jauron. Et en limitant la recherche de candidats à certains critères, on peut même rejeter quelqu’un qui nous aurait peut-être intéressé si on l’avait rencontré par un moyen traditionnel.»
Si la rencontre virtuelle est une chose, la rencontre face à face en est une autre. C’est là que tout se joue. «En seulement quelques minutes ensemble, les personnes savent si ça peut cliquer ou pas. Internet est un bon moyen pour entrer en contact, mais reste limité car il ne permet pas la chimie naturellement présente dans une rencontre traditionnelle.»
La véritable rencontre est donc déterminante et met souvent fin à l’idéalisation qu’on s’était fait d’une personne, de qui on ne connaît en fait presque rien. «Tout ce qui est virtuel semble parfait par défaut, car il est facile d’embellir la réalité sur Internet : tout le monde est beau, a plein d’amis, est en paix avec son passé… La personne projette souvent ce qu’elle voudrait être et non ce qu’elle est vraiment. Il faut aller vérifier dans le monde réel si nos attentes sont comblées», poursuit la psychologue.
Marika Jauron conseille donc ne pas considérer le Net comme un moyen miracle, mais bien une façon comme une autre de connaître des gens. Et de se rappeler que tout le monde affirme ne pas mentir sur Internet, mais que tout le monde dit que quelqu’un leur a déjà menti…